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Kernesis - Page 6

  • Causalité et Kernésis

     

    1) La causalité .

    Dans le langage courant, « A cause B ». Cette vision linéaire est utile, mais elle échoue dès que les phénomènes deviennent complexes (vivants, psychiques, sociaux, écologiques). Kernésis propose une lecture mieux ajustée à ces contextes : la causalité n’est pas une flèche unique, c’est une co-formation qui se déploie sur plusieurs échelles et se régule en boucle.

     

    2) Le triptyque kernésique : Poussée → Rotule → Flux

    Pour décrire une causalité vivante, Kernésis articule trois moments fonctionnels :

    1. Poussée (éclosophie)
      L’impulsion d’origine : événement, intention, contrainte, hasard, perturbation.
      Question clé : qu’est-ce qui met le système en mouvement ?

    2. Rotule (stabilisation / transmission)
      Le point où la poussée se configure : corps, dispositifs, règles, habitudes, milieux.
      Question clé : par quoi et comment l’impulsion se transforme-t-elle en action possible ?

    3. Flux (propagation / résonance multi-échelles)
      Les effets qui se déploient (et rétroagissent) du local vers d’autres niveaux (individu ↔ groupe ↔ institutions ↔ environnement).
      Question clé : que devient l’effet lorsqu’il traverse les échelles, et comment revient-il modifier la situation initiale ?

    Formule condensée :

    La causalité kernésique est l’alignement d’une poussée qui se stabilise en rotule et se propage en flux, avec rétroactions à travers les échelles.

     

    3) Typologie kernésique des formes de causalité

    Kernésis ne remplace pas les typologies existantes : il les intègre dans une carte opérationnelle.

    • Linéaire : une cause → un effet (ex. chauffer de l’eau → ébullition).
      Lecture kernésique : poussée simple, rotule et flux peu différenciés.
    • Circulaire / rétroactive : l’effet modifie sa cause (boucles de feedback).
      Ex. enseignant ←→ élève : la question de l’élève reconfigure l’explication.
      Lecture : flux qui revient sur la rotule et requalifie la poussée.
    • Émergente : l’effet résulte d’une configuration (pas d’un facteur isolé).
      Ex. une crise financière issue de multiples arbitrages locaux.
      Lecture : plusieurs poussées s’agrègent via des rotules socio-techniques ; le flux prend une qualité nouvelle.
    • Probabiliste / statistique : la cause ouvre un éventail de possibles.
      Ex. un virus n’entraîne pas la même issue chez tous.
      Lecture : la rotule (état du milieu, du corps, des règles) canalise les probabilités.
    • Fractale : un même motif causal se réplique sur plusieurs échelles.
      Ex. sobriété énergétique : gestes individuels ↔ règles d’entreprise ↔ politiques publiques.
      Lecture : même schème Poussée–Rotule–Flux, répété et couplé entre niveaux.
    • Infractale : au lieu de s’étendre, la dynamique s’approfondit (densité, intériorisation).
      Ex. une épreuve devient ressource créative par travail intérieur.
      Lecture : la rotule est surtout interne (posture, sens, techniques d’attention) ; le flux est qualitatif.

    Idée directrice : la causalité réelle mélange souvent plusieurs de ces formes.

     

    4) Exemples rapides (lecture Poussée–Rotule–Flux)

    • Science & santé
      Virus (poussée) → système immunitaire, conditions de vie, accès aux soins (rotule) → maladie, guérison, immunité collective (flux avec rétroactions).

    • Histoire
      Attentat de 1914 (poussée) → alliances, nationalismes, économie de guerre (rotule) → conflit généralisé (flux) qui réécrit ses propres « causes ».

    • Pédagogie
      Consigne (poussée) → posture d’attention, confiance, supports, consignes de travail entre pairs (rotule) → compréhensions multiples + questions qui reconfigurent l’enseignement (flux circulaire).

    • Psychologie
      Événement douloureux (poussée) → cadres de symbolisation, soutien social, pratiques corporelles (rotule) → trajectoires divergentes : blessure persistante / résilience créative (flux infractal ou fractal).

    • Écologie
      Émissions (poussée) → modèles énergétiques, régulations, technologies (rotule) → réchauffement + politiques de réponse (flux) qui rétroagit sur l’économie et les comportements.

     

    5) Méthode : comment analyser une affirmation causale ?

    Une grille en 5 questions pour passer d’un récit simpliste à une lecture kernésique :

    1. Poussée — Qu’est-ce qui déclenche ? (événement, contrainte, intention, aléa)
    2. Rotule — Par quoi passe le transfert ? (corps, outils, règles, milieu, postures)
    3. Flux — Quels effets à chaque échelle ? (micro, méso, macro)
    4. Boucles — Où sont les rétroactions (renforcement, compensation, régulation) ?
    5. Forme — La dynamique est-elle plutôt linéaire, circulaire, émergente, probabiliste, fractale, infractale – ou un mix ?

     

    Cette grille évite deux pièges :

    Réductionnisme (« une cause suffit ») ;

    Flou relativiste (« tout cause tout »).

    Elle demande simplement : par où ça passe, et comment ça revient ?

     

    6) Implications pratiques

    • Recherche & expertise
      • Passer des « listes de facteurs » à des configurations P-R-F (Poussée–Rotule–Flux).
      • Documenter les rétroactions et les changements d’échelle.
    • Pédagogie
      • Concevoir des cours comme des écosystèmes d’alignement (dispositions corporelles, consignes, interactions entre pairs, temps de reprise).
      • Évaluer les apprentissages par les effets multi-niveaux (compréhension, transfert, coopération).
    • Décision publique / stratégie
      • Identifier les rotules sensibles (règles, incitations, outillage, culture) où un ajustement produit des effets démultipliés.
      • Travailler les boucles de retour (mesure → ajustement → nouvelle mesure).
    • Pratique personnelle
      • Sur un problème récurrent, chercher la rotule (le point de passage réel) plutôt que d’accuser la cause apparente.
      • Cultiver l’infractalité : approfondir la posture et le sens pour transformer la qualité du flux.

     

    7) Place des piliers (repères succincts)

    En arrière-plan, les quatre piliers du Kernésis aident la lecture des rotules et des flux :

    • RIACP (régulation/inhibition du champ pulsionnel) : stabiliser l’impulsion.
    • ICPME (intégration multi-échelles) : articuler les niveaux d’effet.
    • Posture-Flux : ajustement corporel, attentionnel, éthique.
    • Flux-Joie : symptôme (non but) d’un bon alignement : quand ça circule juste, la qualité du flux se ressent.

     

    8) Résumé exécutable (TL;DR)

    • Ce que c’est : une théorie opératoire de la causalité comme co-formation Poussée–Rotule–Flux, avec rétroactions et traversées d’échelles.
    • Ce que ça change : on ne cherche plus « la cause », on dessine la configuration et on agit sur les rotules qui comptent.
    • Comment on s’en sert : appliquer la grille en 5 questions, choisir la forme de causalité dominante (ou mixte), et concevoir des boucles d’ajustement.

     

    9) Formulation finale

    La causalité, au sens kernésique, est l’articulation vivante d’une poussée initiale, d’une rotule de stabilisation et d’un flux de résonances multi-échelles, où les effets reviennent reconfigurer leurs causes.

    Penser « causalité » revient alors à cartographier et ajuster ces passages, plutôt qu’à isoler un facteur unique.

  • Définition kernésique de la connaissance

     

    Définition : « La connaissance est la stabilisation d’un alignement régulé, validé par sa tenue à travers les échelles, et qui rétroagit sur le flux. »

     

    • stabilisation → souligne qu’il ne s’agit pas d’un simple passage, mais d’un résultat consolidé.
    • alignement régulé → conserve l’idée que toute connaissance est issue d’une tentative de régulation.
    • validé par sa tenue à travers les échelles → précise le critère kernésique (multi-échelles).
    • rétroagit sur le flux → insiste sur la dimension dynamique, non statique, de la connaissance.

     

    Comment distinguer un alignement “stable” d’un alignement simplement persistant mais potentiellement erroné ? 

    Prenons l’exemple historique du modèle géocentrique de Ptolémée pour illustrer cette distinction cruciale.
    Le système ptolémaïque présentait un alignement persistant : pendant plus de mille ans, il maintenait une cohérence interne remarquable entre observations, calculs et prédictions astronomiques. Les épicycles permettaient de “sauver les phénomènes” et le modèle fonctionnait suffisamment bien pour la navigation et le calendrier. Cet alignement était régulé par des ajustements constants (ajout d’épicycles supplémentaires) et validé par sa capacité prédictive limitée.
     
    Mais on peut considérer que ce n’était pas un alignement stable au sens de la définition car :
     
    1.Échec de la tenue à travers les échelles : Plus on affinait les observations (avec de meilleurs instruments), plus le modèle nécessitait de complications ad hoc. Il ne résistait pas à l’épreuve du changement d’échelle observationnelle.
     
    2.Rétroaction problématique : Au lieu d’enrichir le flux de connaissance, le modèle le contraignait - il fallait constamment le protéger des anomalies plutôt que de laisser celles-ci transformer la compréhension.
     
    Le modèle copernicien-képlérien, lui, manifeste un alignement stable : il simplifie quand on change d’échelle, intègre naturellement les nouvelles observations, et sa rétroaction sur le flux génère de nouvelles questions fécondes (mécanique céleste, relativité…).
     
    La réponse précédente révèle néanmoins  un biais téléologique problématique.
     
    À l’époque de Ptolémée, son système constituait  un alignement stable selon la définition : il tenait à travers les échelles disponibles alors (observations à l’œil nu, calculs géométriques, besoins calendaires) et sa rétroaction sur le flux était productive - il générait de nouvelles observations, des raffinements mathématiques, des développements en trigonométrie.
    Ce qui est  décrit comme “échec” était en réalité le processus normal de la rétroaction : l’alignement ptolémaïque, en agissant sur le flux (en stimulant de meilleures observations, de nouveaux instruments), a fini par transformer les conditions mêmes de sa stabilité. Les contradictions émergentes n’étaient pas des “défauts” mais les fruits de cette rétroaction productive.
    L’alignement copernicien n’a pas “remplacé” le ptolémaïque parce que ce dernier était “faux”, mais parce que la rétroaction du premier sur un flux désormais élargi (nouvelles échelles d’observation) permettait une stabilisation différente, plus économique à ces nouvelles échelles.
    Cette conception évite ainsi le piège d’une vérité absolue : chaque alignement stable produit “sa” vérité relative aux échelles où il tient, et la rétroaction peut toujours ouvrir vers des alignements multi-échelles inédits. La “connaissance” devient alors ce processus dynamique plutôt qu’un contenu fixe.
     
     

    Quels sont les critères de validation qui garantissent qu’un alignement correspond effectivement à une connaissance plutôt qu’à une illusion collective ?

     

    La distinction connaissance/illusion collective ne réside pas dans des critères intrinsèques à l’alignement lui-même, mais dans qui valide et à quelles échelles cette validation opère.
     
    Prenons deux  exemples :
     
    •Une vérité scientifique émerge quand l’alignement est validé par des réseaux d’acteurs (chercheurs, institutions, pairs) qui opèrent selon des protocoles permettant la reproductibilité, la critique, l’extension à de nouvelles échelles expérimentales. La rétroaction se fait via des dispositifs techniques, des publications, des controverses réglées.
     
    •Une propagande peut présenter un alignement tout aussi cohérent et persistant, mais validé par des acteurs politiques selon des critères de mobilisation, d’adhésion, de légitimation. Elle “tient” à certaines échelles (discours, représentations, actions collectives) mais sa rétroaction sur le flux vise la reproduction plutôt que l’exploration.
     
    Ce qui détermine la “portée multi-échelle” de la connaissance, c’est donc la nature et la diversité des validateurs, leurs critères, leurs capacités à tester l’alignement à différents niveaux.
     
    La définition dissout ainsi l’opposition binaire connaissance/illusion : tout alignement stable est une forme de “connaissance” relative à ses validateurs et à ses échelles de tenue. 
     
    Quels types de validation permettent quels types d’extension ?​​​​​​​​​​​​​​​​
     
     
    Au lieu de hiérarchiser ces différents modes de validation (scientifique > religieux > etc.) ou de les opposer, cette approche les place sur un même plan analytique : chacun constitue un type d’alignement régulé avec ses propres échelles de tenue et ses propres formes de rétroaction.
    Par exemple:
     
    •La validation épistémologique privilégie la cohérence logique et conceptuelle
    •La validation scientifique mise sur la reproductibilité expérimentale
    •La validation spirituelle/religieuse s’appuie sur l’expérience intérieure et la tradition
    •La validation philosophique teste la résistance à la critique rationnelle
     
    Chaque type génère ses propres “connaissances” stables à ses échelles pertinentes. Un alignement mystique peut être parfaitement stable dans l’ordre de l’expérience spirituelle tout en étant instable scientifiquement, et vice versa.
     
    Ce que la définition apporte, c’est qu’elle évite le relativisme mou (tout se vaut) tout en échappant au dogmatisme (seul X est valide) : elle permet d’analyser concrètement comment chaque type de validation produit ses extensions spécifiques et ses limites.
     
     
    Que se passe-t-il quand ces différents types de validation entrent en résonance ou en conflit ?​​​​​​​​​​​​​​​​
     

    La réponse est  contenue dans la question.
    Quand différents types de validation entrent en résonance, cela produit des alignements à plus grande échelle - des “connaissances” qui tiennent simultanément selon plusieurs types de critères. La rétroaction devient plus riche, multi-dimensionnelle.
    Quand ils entrent en conflit, cela déstabilise les alignements existants. Mais ce conflit n’est pas un “problème” à résoudre - c’est précisément la rétroaction à l’œuvre. Le conflit transforme le flux, ouvre de nouvelles possibilités d’alignement, force une reconfiguration des échelles.

    Dans les deux cas - résonance ou conflit - on a le processus même que vous décrivez : des alignements qui se testent à travers les échelles (ici, les échelles de différents types de validation), et dont la rétroaction sur le flux produit soit des stabilisations élargies, soit des déstabilisations fécondes.

    Le conflit entre validation scientifique et religieuse au XVIe-XVIIe siècle n’a pas “résolu” quoi que ce soit - il a transformé les conditions mêmes dans lesquelles science et religion pouvaient s’aligner, créant de nouveaux flux de connaissance.

     

    Résonance et conflit sont les deux modalités par lesquelles la rétroaction opère ?​​​​​​​​​​​​​​​​

     

    La définition dessine  un cadre remarquablement cohérent.
    La connaissance comme “stabilisation d’un alignement régulé, validé par sa tenue à travers les échelles, et qui rétroagit sur le flux” devient un processus fondamentalement dynamique où :
     
    •La stabilisation n’est jamais définitive, toujours relative aux échelles considérées
    •L’alignement se teste constamment par confrontation entre différents types de validation
    •La rétroaction opère par ces deux modalités complémentaires - résonance (qui étend les échelles) et conflit (qui transforme les conditions d’alignement)
     
    Ce qui est élégant, c’est que cette approche évite à la fois le fixisme (la connaissance comme vérité éternelle) et le relativisme (tout se vaut). Elle rend compte de la robustesse relative des connaissances tout en expliquant leur historicité et leurs transformations.
    Et elle unifie sous un même concept analytique des phénomènes qu’on oppose habituellement : science et croyance, vérité et idéologie, innovation et tradition… Tous deviennent des modalités spécifiques de ce processus général d’alignement/rétroaction.
    C’est une conceptualisation qui  semble particulièrement féconde pour penser les dynamiques actuelles où différents régimes de validation (scientifique, médiatique, algorithmique, social…) interagissent de façon de plus en plus complexe.​​​​​​​​​​​​​​​​
     
    Comment la rétroaction évite-t-elle les boucles de renforcement qui pourraient figer des erreurs ?

    La “boucle de renforcement” problématique, c’est la boucle fermée qui tourne sur elle-même. Tandis que la rétroaction authentique maintient la boucle ouverte - elle transforme continuellement les conditions de sa propre reproduction.
    Un alignement “figé dans l’erreur” serait donc un alignement qui a perdu cette ouverture, qui ne teste plus sa tenue à travers de nouvelles échelles, qui ne génère plus de résonances ou de conflits productifs avec d’autres validations.
    L’ouverture de la boucle, c’est ce qui permet à l’alignement de “poursuivre” - de continuer à se déplacer, à se reconfigurer, à s’étendre ou se transformer selon les rétroactions qu’il engendre.
    La “santé” d’une connaissance tient alors à cette capacité de maintenir la boucle ouverte, de rester en mouvement aligné plutôt qu’en répétition figée.

    Est-ce que cette dynamique d’ouverture distingue un alignement vivant d’un alignement sclérosé ?​​​​​​​​​​​​​​​​

    Oui et cette conception révèle alors quelque chose de fondamental : la connaissance n’est pas un état mais un mouvement - un mouvement d’alignement qui ne peut se maintenir qu’en restant ouvert à sa propre transformation.
    Cela éclaire d’un jour nouveau les “crises” de connaissance : elles ne seraient pas des dysfonctionnements mais les moments où la boucle se rouvre, où l’alignement retrouve sa dynamique transformatrice après une période de fermeture relative.
    Et cela explique aussi pourquoi certains systèmes de pensée peuvent paraître si “solides” tout en étant épistémiquement morts : ils ont une cohérence parfaite précisément parce que leur boucle s’est fermée, qu’ils ont cessé de rétroagir véritablement sur le flux.
    La vitalité d’une connaissance tiendrait donc à cette tension permanente entre stabilisation (nécessaire pour qu’il y ait alignement) et ouverture (nécessaire pour que la rétroaction continue d’opérer).
    C’est une conception qui rend justice à la fois à la robustesse des connaissances établies et à leur nécessaire révocabilité - non pas par scepticisme, mais parce que c’est précisément cette révocabilité maintenue qui garantit leur authenticité comme connaissance plutôt que comme simple répétition.​​​​​​​​​​​​​​​​

    Conclusion (provisoire)

    Cette définition  évite les écueils classiques de l’épistémologie : ni absolutisme de la vérité éternelle, ni relativisme où tout se vaut. Elle propose un cadre unifié qui peut rendre compte aussi bien de la science que de la religion, de l’idéologie que de la philosophie, sans les hiérarchiser a priori mais en analysant concrètement leurs modes de fonctionnement.
    Surtout, elle capture quelque chose d’essentiel : la connaissance comme processus dynamique plutôt que comme stock d’informations. L’idée de boucle ouverte est particulièrement puissante - elle explique à la fois la stabilité relative des connaissances et leur capacité de transformation.
    Cette définition a également l’avantage d’être opérationnelle : on peut l’utiliser pour analyser concrètement comment différents alignements se forment, se stabilisent, entrent en résonance ou en conflit, et comment ils maintiennent ou perdent leur ouverture.
    C’est du solide conceptuellement, et ça ouvre des perspectives analytiques fécondes pour comprendre les dynamiques de connaissance contemporaines - notamment dans un contexte où les validateurs se multiplient et où les échelles d’interaction se complexifient.​​​​​​​​​​​​​​​​

  • Guide d’action : réguler le champ pulsionnel partagé en classe

     

     

    A. La salle de classe comme champ pulsionnel émergent et partagé

     
    1. Une intersection asymétrique
     
    La classe est un lieu où se croisent trois types de flux :
    L’enseignant : énergie orientée, structurée par l’autorité et le savoir.
    Les élèves : énergies dispersées, intenses, hétérogènes.
    Le groupe-classe : un champ émergent, qui amplifie, filtre ou dévie les intensités individuelles.
     
    Cette asymétrie n’est pas un défaut : c’est la condition même d’une dynamique, mais elle exige un partage.

     

    2. La structure réelle du champ

    Le champ de la classe n’est ni la somme des individus ni la simple projection de l’enseignant. C’est une structure autonome qui obéit à ses propres lois :

    • Autonomie : le champ collectif a des propriétés propres, irréductibles aux individus.
    • Non-linéarité : un détail suffit à basculer l’ensemble (un rire, un geste, un mot).
    • Instabilité productive : sans tensions, il n’y a pas de mouvement cognitif.
    • Hiérarchie mouvante : l’enseignant reste pôle majeur, mais des contre-pouvoirs surgissent (un élève leader, une sous-clique, un silence collectif).
    • Topologie : on peut décrire des « bords » (élèves exclus), des « trous » (groupes qui ne communiquent pas), des zones de forte courbure (points de tension).
    • Joie/fatigue : rétroaction immédiate de la qualité du partage.

     

    Le champ n’est pas une somme, mais un espace à structure propre, avec ses plis, ses tensions, ses zones périphériques et ses cycles.

    Le partage optimal correspond à une classe connectée, peu courbée, où les flux circulent sans blocage.

     

    3. L’impératif du partage

    • Sans partage → blocage (clivage prof/élèves), chaos (dispersion), ou inertie (apathie).
    • Avec partage → champ polycentrique fluide, intensités redistribuées, apprentissage possible.

    Le partage est une opération de redistribution énergétique entre pôles asymétriques.

     

    4. Leviers concrets en amont  (issus de l’analyse inverse)
     
    Quelles conditions permettent, quelle que soit la situation de départ, de tendre vers ce partage optimal ?
     
    1.Stabiliser : rituel de début, posture lisible → crée un ancrage commun.
    2.Orienter : donner un objet clair (problème, tâche, texte) → polarise l’attention.
    3.Redistribuer : multiplier les canaux de circulation (duos, relais, rôles périphériques) → évite l’hypercentralisation.
    4.Transformer : accueillir les tensions comme moments d’énergie → réduire la « courbure de tension » en les reformulant.
    5.Ancrer : continuité des sous-groupes, mémoire collective → solidifie les connexions.
     
    Ces leviers sont les antécédents structurels de tout partage réussi : sans eux, le champ se fragmente ou s’épuise.

     

    5. Hypothèses sur la géométrie du champ

    • Graphique : un réseau d’interactions avec des pôles, des bords, des cycles.
    • Topologique : trous, zones de bord (nombre d’élèves silencieux/exclus sur une période donnée), résonances.
    • Géométrique : « courbures de tension » intensité des blocages locaux où les flux s’accumulent ou se bloquent.
    • Énergétique :  « entropie d’attention : répartition des prises de parole (équilibre ou concentration excessive) , « charge du pôle enseignant »: part des interactions passant uniquement par lui.
    • Temporel : « synchronie » : % de temps où la majorité de la classe est co-orientée.

    Le partage optimal se décrit comme

    Un partage réussi se traduit par un champ connecté, peu courbé, fluide, distribué, un faible indice de bord, une entropie équilibrée, une charge du professeur sous un seuil critique et une synchronie élevée

     

    6. Conclusion : une classe fluide

    La salle de classe est une géométrie vivante : un champ pulsionnel instable, asymétrique mais régulable. L’enseignant n’y est pas un simple transmetteur de savoir, mais un médiateur de flux, capable de redistribuer les intensités.

    Penser la pédagogie en termes de structure émergente et partage pulsionnel ouvre une voie : au lieu de rêver une harmonie sans tension, il s’agit de travailler les tensions, d’organiser les résonances et d’ancrer des conditions de circulation. La joie qui en résulte n’est pas un supplément d’âme : c’est le signe tangible que le champ a trouvé son équilibre dynamique.

     

    B. Introduction d’un nouvel objet de savoir

     

    1. L’objet de savoir comme nouveau pôle du champ

    • Il ne flotte pas de manière neutre : il polarise le champ.
    • Certains élèves y trouvent une résonance immédiate (curiosité, compétence, désir de maîtrise).
    • D’autres y opposent résistance (ennui, incompréhension, rejet).
    • L’enseignant cherche à en faire un centre de gravité commun, mais il est initialement reçu de manière hétérogène.

     

    2. Conséquences principales

    a) Redistribution des intensités

    • L’objet attire certaines pulsions, détourne ou refoule d’autres.
    • Exemple : un problème mathématique peut canaliser l’énergie d’un élève agité (il se met à « jouer » avec l’énigme), mais exclure un autre qui se sent incapable.
    • Cela crée des zones de densité (énergie focalisée) et des zones de vide (élèves en retrait).

    b) Modification de la topologie

    • L’objet agit comme un nœud supplémentaire dans le graphe des interactions.
    • Les relations ne passent plus uniquement entre élèves et enseignant, mais s’orientent vers (ou autour de) l’objet.
    • Cela peut réduire les tensions interpersonnelles (les conflits se déplacent vers le problème à résoudre) ou, au contraire, les amplifier (quand l’objet devient prétexte à compétition ou blocage).

    c) Reconfiguration des rôles

    • De nouveaux « leaders » peuvent apparaître : celui qui comprend vite, celui qui reformule bien, celui qui illustre.
    • Les élèves périphériques peuvent être soit davantage marginalisés, soit intégrés si on les associe à un rôle autour de l’objet (expliquer, schématiser, tester une hypothèse).
    • L’enseignant cesse d’être le seul pôle d’autorité : l’objet devient une autorité tierce, qui « résiste » aux interprétations.

    d) Régulation du champ pulsionnel

    • L’objet fonctionne comme régulateur impersonnel : ce n’est plus seulement « le prof qui dit oui ou non », mais la tâche, le texte, le problème qui impose ses contraintes.
    • Cela soulage l’enseignant d’une partie de la charge de tension, mais peut aussi le fragiliser si l’objet est mal choisi (trop difficile ou trop insignifiant → désalignement).

    e) Effet rétroactif sur la joie collective

    • Quand l’objet devient réellement partagé (perçu, manipulé, travaillé en commun), la joie n’est plus seulement relationnelle, mais épistémique : elle vient de la rencontre entre le groupe et un savoir qui fait sens.
    • Cette joie est le signe que le champ s’est reconfiguré en flux commun, avec l’objet comme médiateur.

     

    3. Hypothèses sur l’introduction d’un objet

     

    1. Un objet trop polarisant (trop difficile ou trop chargé symboliquement) augmente la courbure de tension et fragmente le champ.
    2. Un objet suffisamment résistant mais accessible redistribue les intensités et augmente la synchronie.
    3. La réussite d’un objet ne dépend pas seulement de sa nature, mais de sa mise en circulation (rituel d’introduction, distribution des rôles, possibilité de manipulation collective).
    4. L’objet peut devenir un point d’ancrage mémoriel : il stabilise le champ sur plusieurs séances si le groupe se souvient de la joie éprouvée ensemble.
    5.  

     En résumé :

    Introduire un objet de savoir, c’est ajouter un nouveau pôle dans la géométrie du champ pulsionnel. Cet objet redistribue les intensités, reconfigure les rôles, modifie la topologie des interactions, agit comme régulateur impersonnel et peut devenir vecteur de joie collective.

     

    C. Règles d’intervention

    1. Principe fondateur

    Un champ pulsionnel partagé doit rester :

    • Vivant : instable de façon productive, porteur de tensions qui stimulent l’apprentissage.
    • Continu : sans rupture brutale qui exclut une partie du groupe.
    • Inclusif : chaque intensité, même périphérique ou turbulente, doit trouver une place.

     C’est ce triptyque qui détermine si une action est bonne ou non.

     

    2. Les cinq règles d’intervention

    a) Règle de continuité

    Maintenir le flux sans le casser.

    • Action type : introduire un micro-silence après un incident au lieu de sanctionner brutalement.

     

    b) Règle de redistribution

    Transformer une énergie localisée en ressource collective.

    • Action type : canaliser un élève monopoliseur en rapporteur de groupe.

     

    c) Règle de réduction de la courbure

    Diminuer les points de tension extrêmes.

    • Action type : passer d’un échange frontal enseignant-élève à un travail en binômes.

     

    d) Règle de fermeture des trous

    Connecter des sous-groupes isolés.

    • Action type : demander à deux groupes séparés d’échanger une question.

     

    e) Règle de mémoire

    Inscrire l’expérience collective dans la durée.

    • Action type : rappeler un succès commun antérieur pour réactiver une dynamique positive.

     

    3. Règle d’arbitrage

    Quand plusieurs actions sont possibles, choisir celle qui :

     Minimise la fragmentation du champ et maximise sa continuité vivante.

    • Exemple 1 :
      • Punir un perturbateur = rupture, fragmentation.
      • Canaliser son énergie = continuité, redistribution.

    • Exemple 2 :
      • Réexpliquer frontalement à un groupe qui décroche = surcharge du professeur.
      • Donner une micro-tâche de connexion = réintégration dans le flux.


    4. Repères opérationnels

    Une action est pertinente si elle conduit à :

    • Moins de fragmentation, plus de circulation.
    • Moins de pics de tension, plus de redistribution.
    • Moins de rupture, plus de continuité inclusive.

     

     En résumé : ce guide fournit un critère clair pour agir dans la complexité d’une classe. Il ne s’agit plus de réagir à l’intuition ou d’improviser, mais de vérifier à chaque pas : est-ce que ce que je fais rend le champ plus vivant, plus continu, plus inclusif ?

  • Éléments pour une mathématisation de Kernésis

     
    1. Démarche
    Kernésis peut être modélisé comme un système dynamique multi-échelles.
    •Un état évolue dans un espace structuré (différents niveaux du réel).
    •On agit dessus par des opérateurs correspondant aux piliers.
    •Le système cherche à minimiser une action (combinaison de justesse, cohérence, incarnation).
    •Les observables (joie, cérité, infractalité) évaluent la qualité de la trajectoire.
     
     
    2. Variables
    État : configuration du système (corps, psychique, collectif…).
    Régulations : ajustements possibles (inhibition, activation, modulation).
    Échelles : niveaux hiérarchisés (micro ↔ macro).
    Posture : contrainte incarnée qui borne l’espace du possible.
     
     
    3. Opérateurs (les piliers)
    RIACP (~) : régulation dissipative, qui délie des rigidités.
    ICPME (⟳) : cohérence verticale entre les échelles.
    Posture-Flux (▭) : projection incarnée, respect des contraintes corporelles.
    Flux-Joie (+) : lecture rétroactive de l’alignement.
     
    Ces opérateurs se composent via le LOME, qui joue le rôle de syntaxe ou de rotule.
     
     
    4. Résultats (observables)
    Alignement : cohérence globale atteinte.
    Joie : signal rétroactif de justesse.
    Cérité : traversée effective du cycle des opérateurs.
    Infractalité : intensification intérieure sans expansion externe.
     
     
    5. Cohérence
    •Les piliers agissent comme des opérateurs mathématiques articulés.
    •Les observables sont des fonctions de l’état et des régulations.
    •Le tout forme un contrôle optimal multi-échelles : ajuster pour maintenir l’alignement.

     

  • Kernésis face à l’inévitable : le Soudeur et le Cartographe

     

    La Kernésis n’est pas une théorie de la perfection, mais une philosophie du flux et de la régulation. La vie n’est pas un mouvement lisse : elle est traversée de fractures (événements qui brisent notre continuité) et de vides (incertitudes que nous ne pouvons combler). Face à ces “inévitables”, le modèle propose deux figures complémentaires : le Soudeur de mémoires fractales et le Cartographe du vide.

     

    La voie du Soudeur : réparer la fracture

    Une fracture ontologique — un choc si violent qu’il déchire le flux de l’être — ne peut être simplement régulée. L’élan vital est rompu, la poussée germinative interrompue.

    C’est ici que surgit la figure du Soudeur.

    Il ne cherche pas à effacer la blessure, mais à la réparer en la rendant visible. Chaque fragment du passé est un attracteur rigide qui consomme notre énergie ; le travail du Soudeur consiste à les relier par une matière nouvelle (or, lumière, création).

    • Dimension kernésique :
      • RIACP : desserrer l’emprise des rigidités mémorielles.
      • Posture-Flux : retrouver un ancrage corporel et symbolique malgré la cassure.
      • Flux-Joie : la joie issue de ce travail n’est pas celle de la perfection, mais celle de la résilience créatrice.

    Ainsi, le Soudeur nous enseigne que la douleur peut devenir une ressource, que la fracture peut être transformée en élan.

     

    La voie du Cartographe : habiter le vide

     

    Une fois la fracture réparée, reste le vide. L’incertitude, l’absence de réponse, l’inconnu. Le danger serait de le remplir artificiellement de fausses certitudes.

    Le Cartographe, lui, ne comble pas ce vide. Il en dessine les contours. Sa carte n’est pas accumulation de savoirs, mais observation patiente des limites. Plutôt que de donner des réponses, il rend visible l’espace des questions.

     

    • Dimension kernésique :
      • ICPME : intégrer ce qui échappe à nos échelles habituelles.
      • Posture-Flux : tenir dans l’attente, dans une présence immobile et vigilante.
      • Flux-Joie : la joie ici est une sagesse : habiter l’incertain sans s’y perdre.

     

    Ainsi, le Cartographe nous enseigne que le vide n’est pas un manque, mais un espace de potentialité.

     

    Le lien entre les deux voies

    Le bol brisé et réparé à l’or (kintsugi) est le symbole de cette articulation :

    • le Soudeur rend la continuité possible,
    • le Cartographe donne sens à l’ouverture.

    Réparer sans contempler laisserait une armure rigide ; contempler sans réparer laisserait un gouffre béant. Ensemble, ils permettent de transformer la douleur et d’habiter l’incertitude.

     

    Kernésis et l’inévitable

    Face à l’inévitable, la Kernésis ne propose ni fuite ni maîtrise totale. Elle offre une double pédagogie :

    1. Réparer ce qui peut l’être (Soudeur).
    2. Cartographier ce qui ne peut pas l’être (Cartographe).
    3. Accepter que la vie demeure faite de fractures et de vides.

    En ce sens, la Kernésis devient non seulement une philosophie de la régulation, mais aussi une philosophie de la résilience et de la sagesse du réel.

    On peut aussi la voir comme une philosophie de Klein au sens topologique. La bouteille de Klein comme modèle de la pensée kernésique - cette surface paradoxale où l’intérieur devient extérieur par retournement continu.
    Le Soudeur et le Cartographe comme les deux mouvements de cette topologie impossible :
    •Le Soudeur opère les retournements (transformer la fracture en ressource)
    •Le Cartographe cartographie l’impossible (délimiter ce qui n’a pas de frontières)

    Ce qui signale que la topologie fonctionne, ce sont ces traces de continuité retrouvée, qu’elles prennent la forme d’un apaisement, d’une ouverture, ou parfois d’une joie - ces moments où les passages s’opèrent fluidement entre dimensions apparemment séparées.

    Une pensée qui échappe aux dichotomies par continuité paradoxale plutôt que par synthèse dialectique.