23 septembre 2007
Le goût de la science - Pièce de théâtre en 3 tableaux avec Einstein et Poincaré
Par Jean-Philippe Ansermet
Adaptation de Barbara Fournier
Polyrama 122 : ICI
Il était une fois une contrée opulente où la jeunesse n’avait plus envie de faire de la science. Tout le monde s’en inquiétait. Les professeurs perdaient leur raison d’être, les recteurs voyaient leurs fonds diminuer et les industriels manquaient de chercheurs. Que faire ? Telle était la question qui mobilisait ce jour-là un distingué aréopage réuni sous un dôme de cristal inondé de lumière. Tous les acteurs arpentent la scène en tous sens. Au milieu de tous les hommes présents, en mouvement, se trouve une figure féminine vaguement éthérée dont les pieds semblent ne pas toucher le sol.
Ier tableau
Le Président
Il n’y a plus à ergoter! Nous devons faire comprendre à la société la fabuleuse contribution de la science à notre monde moderne! C’est le seul moyen de faire revenir nos jeunes sur le chemin des études. Je propose de convaincre les Nations Unies de déclarer une Année internationale de la physique. On fera des fêtes, des conférences joyeuses, on montrera que la physique est toujours une extraordinaire aventure. Qu’en dites-vous, mon cher Albert?
Einstein
Cher Ami, la science est moins une aventure qu’un raffinement de la pensée de tous les jours, croyez-moi. Mais il faut reconnaître que certains jours sont plus prolifiques que d’autres! Ainsi voilà tout juste un siècle, je me trouvais bien inspiré!
La fée Clochette
Si ma mémoire est bonne, Professeur, vous avez même écrit quelques articles pas mal du tout en 1905: sur la taille des atomes, la première description statistique du mouvement brownien et de la forme du spectre de rayonnement d’un four, la relativité restreinte, et puis E = mc2.
Le président
Justement! C’est pourquoi nous avons demandé à l’Unesco de promouvoir l’année 2005 au nom du centième anniversaire de vos excellents travaux.
Le professeur Rictus
Président, c’est de la fumée sans feu! Dans mon université, je puis vous assurer qu’il n’y a pas de problème d’effectif.
Le Président
Espèce d’égoïste! Taisez-vous! Tôt ou tard, vous allez subir ce désintérêt. Vous aussi, vous viendrez vous lamenter!
La fée Clochette
Ne nous énervons pas. La situation n’est pas désespérée. Moi je vous promets que la science passionne chaque fois qu’on la met en scène comme un jeu.
Le professeur Rictus
Un jeu? Vous en avez de bonnes, vous! Vous ne pensez qu’à vous amuser!
La fée Clochette, piquée au vif
Cher Professeur Rictus, si vous étiez bien plus jeune – hélas même relatif le temps finit bien par passer! – vous auriez pu participer aux joutes de l’International Young Physicist Tournament, dans la charmante ville de W.1 Vous auriez pu concourir pour les Olympiades de la Physique2 et même remporter une médaille. Je vous aurais même vivement recommandé de mesurer votre génie au «Talent Search».
Le professeur Angelus
J’abonde dans le sens de Clochette. N’ayons pas l’esprit chagrin! Quand une haute école polytechnique ouvre ses portes aux plus jeunes, c’est la ruée! On refuse du monde. Et de belles initiatives sont prises dans nos contrées pour raviver la flamme des enfants et des adolescents pour le monde de la science.
Le Président
Je suis enchanté de ces bonnes nouvelles, mais n’est-ce pas un peu l’arbre de la passion qui cache la forêt de l’indifférence? Moi, je reste très inquiet! Avez-vous lu «La main à la pâte» du Noble Char Pak? Son livre se fonde sur une idée de son ami, Leo Ledermann, qui a aussi été nobelisé, d’ailleurs. Grâce à son action, il paraît que toute la région du grand Chicago est en train de redoper l’enseignement des sciences.
Le professeur Rictus
«La Main à la Pâte», ce n’est rien de nouveau au niveau universitaire!
Le professeur Angelus
Vous avez raison, Rictus, nous avons une immense collection de démonstrations dont nous devons tirer davantage profit! Malgré la taille des auditoires, les étudiants ont la possibilité de voir les phénomènes se passer sous leurs yeux. A la pause, les plus curieux peuvent tout observer, y compris savoir comment l’expérience a été montée. C’est un patrimoine précieux que nos collègues nous ont légué!
Le professeur Novus
C’est un peu ringard, tout ce bazar! Croyez-moi, les cours virtuels sur ordinateur, c’est ça l’avenir!
Le professeur Rictus
Des simulations sur internet, on peut toujours envisager de s’y lancer, mais monter une collection d’expériences, ça ne s’improvise pas comme ça, Angelus! Il faut par exemple recycler des expériences des laboratoires de recherche, cela prend des générations à mettre en place, c’est de l’authentique!
Le professeur Novus
Si c’est comme ça que vous voulez enseigner, alors montrez donc aux jeunes comment fonctionne un véritable réacteur nucléaire! Quel luxe! C’est à peine imaginable. Mais ce serait si bien: un vrai remède pour démystifier la peur du nucléaire. J’adorerais que des étudiants puissent contrôler eux-mêmes un accélérateur de particules élémentaires…
La fée Clochette
Messieurs, allez, allez! Ne réduisons pas la discussion à des expériences d’auditoires, à des écrans d’ordinateur et des manips presse-bouton. Jetez vos étudiants dans le bain de la recherche, jetez-les dans les vapeurs de la science, et laissez-les s’enivrer! Cher Albert, quelles premières essences conseilleriez-vous pour ce bon bain?
Einstein
De la joie, de l’imagination, de la beauté, de la curiosité, de l’émerveillement et, surtout n’oublions pas l’essentiel, la liberté…
IIe tableau
La lumière a baissé singulièrement. Les personnages se sont assis sur un long banc, côte à côte. Chacun fixe un point indistinct dans l’espace. Deux ou trois ombres passent et repassent derrière une paroi translucide. Au loin, on entend une femme qui chante une chanson très mélancolique. Fée Clochette a disparu de la scène.
Le professeur Angelus
La fée Clochette a raison! Sans avoir trempé soi-même dans le bain de la recherche, c’est difficile d’apprendre les sciences aux enfants autrement que comme une langue morte!
Le Président
Pour se plonger dans ce bain, les enseignants devraient au moins pouvoir se joindre aux chercheurs dans une réunion annuelle au niveau national6. Chacun pourrait se convaincre que la science n’a pas l’aridité de ces théorèmes qui nous bassinaient quand nous étions petits! Chacun verrait que la science est aussi un art.
Arthur Koestler, émergeant de la zone translucide
Pardonnez-moi de me citer moi-même, je sais bien que cela ne se fait pas! Mais «aucune découverte n’a jamais été faite par déduction logique; aucune production artistique n’a été produite sans un artisanat calculateur; les jeux émotifs de l’inconscient entrent dans les deux activités.»7 Tu en as été un exemple magnifique, Albert…
Einstein
Merci, Arthur. Je me suis toujours senti assez artiste pour puiser librement dans mon imagination. La connaissance est limitée, l’imagination saisit le monde. Je vous jure que mon don de fantaisie a eu plus d’importance pour moi que ma capacité d’absorber des connaissances. L’esprit intuitif est un don sacré et l’esprit rationnel son serviteur fidèle. Hélas, nous avons créé une société qui honore le serviteur et a oublié le don.
Le professeur Rictus, s’échauffant
Je vous applaudis des deux mains, Professeur Einstein! La science, c’est une permanente rébellion! Voilà ce qu’il faut dire aux jeunes.
Le professeur Novus, s’échauffant aussi
Entièrement d’accord! La science est bien plus un questionnement du savoir que son accumulation! L’analyse critique est vitale pour tout scientifique digne de ce nom. Maîtriser un sujet, c’est aussi reconnaître les limites des faits, des théories et des modèles abordés.
Le Président
Votre théorie de la relativité est un exemple flagrant de cette évolution de notre compréhension des choses, Professeur Einstein. A l’époque de vos premiers travaux, seuls des penseurs aussi avancés que vous-même…
Henri Poincaré, émergeant de la zone translucide
Quoi? Quoi? et moi alors, il m’a piqué toutes mes idées!
Le professeur Rictus
Tiens! Mais que fait donc ici Monsieur Poincaré, il n’était pas dans la liste des invités du jour?
Le président, craignant l’incident diplomatique
Einstein et vous aussi, Professeur Poincaré, vous seuls pouviez vous engager dans une réflexion sur «le temps» et son rôle dans les représentations scientifiques du monde qui nous entoure. La conscience des gens a tellement évolué que, de nos jours, ces concepts si complexes que vous étiez presque seuls à comprendre sont abordés dans les cours de base de la formation universitaire!
Einstein
Oui! Mais les jeunes ont encore du pain sur la planche. Il y a toujours des problèmes théoriques non résolus, en particulier des théories incompatibles, même si chacune marche bien dans son domaine d’application!
Le professeur Rictus
Bien sûr. Les chercheurs ne passent pas leur temps à couper des cheveux en quatre et à ronronner aux confins de l’abscons! Il y a tant de défis technologiques à relever qui restent insurmontables dans les cadres conceptuels actuels.
Le professeur Novus
Pourtant le Roi et ses ministres vous diraient que les scientifiques ont fait tant de découvertes qu’il n’y a pas lieu de chercher davantage. Ce qu’il faut, vous diraient-ils, c’est opérer immédiatement un transfert de technologies!
Fée Clochette, qui tombe du ciel, tout agitée
Mais Messieurs, ne voyez-vous pas que nos technologies avancent vers des limites intenables et que seul un changement de paradigme permettra de continuer de progresser? Voilà un nouveau digne de futurs petits Einstein!
IIIe tableau
La scène est obscurcie. On ne distingue plus que la silhouette des protagonistes, debout, de dos. Immobiles.
Le professeur Rictus, pensif
Je crains que vos émules, Professeur Einstein, ne se retrouvent en sciences de la vie plutôt qu’en physique.
Einstein
Vraiment? Pourtant, c’est en physique qu’on peut construire des conceptions du monde. Et qui alors construirait une théorie quantique de la gravitation?
Le Président
Pardonnez-moi de revenir au sujet qui me préoccupe. J’espère que nos actions de promotion autour de la physique cette année auront un effet durable. Et que ceux qui sont toujours pressés d’avoir des résultats se souviendront de l’impact des recherches fondamentales sur la société. C’est fou à quel point on a tendance à oublier les contributions de la physique! Il y a quelque temps, la télévision avait demandé à un groupe de savants quelles étaient les plus grandes découvertes récentes. Figurez-vous qu’ils ont évoqué la découverte par des médecins de l’imagerie par résonance magnétique nucléaire! Même ces savants avaient oublié que tout avait commencé quand des physiciens des grandes écoles de Boston cherchèrent à mesurer le moment magnétique des noyaux…
Le professeur Novus
Il faut reconnaître que personne à l’époque ne pouvait imaginer qu’une recherche aussi fondamentale puisse contribuer au développement d’une technologie d’une telle importance.
La fée Clochette
Eh bien maintenant, tout le monde pourra être mis au parfum, surtout les jeunes! Dans notre belle capitale, B., des vulgarisateurs aussi doués que Shéhérazade viendront montrer l’impact des travaux de notre cher Albert sur les GPS, les caméras numériques et même la finance! Je vous garantis que le public sera bouche bée et que les vocations gonfleront comme des petits pains dans le four!
Les professeurs Rictus, Angelus et Novus, en chœur
Langue de Shéhérazade et génie d’Einstein, inspirez-nous et retournons préparer nos cours!
Tout le monde sort dans un roulement de tambour, sauf un homme qui se retourne. Un spot blanc s’allume, erre un instant puis se fige sur son visage. Il a les yeux fermés. C’est Poincaré, en redingote noire.
Poincaré, comme pour lui-même
La pensée n’est qu’un éclair au milieu de la nuit. Mais c’est cet éclair qui est tout.
Le rideau tombe.
18:45 Publié dans Contes | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : vulgarisation, sciences, poincaré, einstein, humour |
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30 juillet 2007
Un étudiant presque comme les autres -2-
Partie 1 : ICI
- 2 -
Shanlan savait qu'une de ces loges allait lui être affectée, il n'en ressortirait qu'après bien des souffrances, après avoir passé les trois épreuves de la Licence s'il n'était pas éliminé avant. Quelques temps auparavant Shanlan avait reçu du sous-préfet une petite somme d'argent pour faire le trajet jusqu'au centre d'examen. Il fut dispensé de se rendre vers le milieu de la 7 ème lune devant l'examinateur provincial pour pouvoir concourir car il avait été classé dans la première catégorie à l'examen k'o teng. Il dut cependant se rendre, comme les autres futurs candidats, au bureau de vente des cahiers afin d'acheter ses trois cahiers sur lesquels il allait bientôt composer. Il lui fallu y inscrire son nom, son lieu d'origine, son âge, la forme de son visage, sa taille, son grade littéraire, le nom de son bisaïeul paternel, le nom de son grand-père, le nom de son père et les réponses à diverses questions administratives afin qu'on apposa sur chacun des cahiers le sceau officiel qui lui permettra de composer le jour venu. Un billet lui fut remis en échange des cahiers qui allaient lui être redonnés le jour de l'épreuve. Il était très tard, Shanlan attendait devant la première porte avec sa literie sous le bras, son réchaud, quelques vivres car tout le monde savait que les repas distribués étaient immangeables. Personne ne pouvait accompagner les candidats et donc porter cet encombrant paquetage? les appels se faisaient cinquante par cinquante et lorsqu'il eut franchi la première porte, Shanlan trouva un deuxième point de contrôle avec une fouille sérieuse. Il fut accompagné par un fonctionnaire jusqu'à sa loge qui portait le numéro 9413, celui même qui était reporté sur sur son cahier de composition. Comme toutes les autres elle était fermée sur trois cotés et le quatrième pan, absent donnait sur un long couloir où circulaient continuellement les surveillants. Shanlan vérifia que tout était en ordre, s'il voyait bien les quatre petites tables dont deux serviraient de siège et de table et les deux autres feraient le lit. Même si le confort de la cellule dans laquelle il allait rester près de deux jours était sommaire, la sienne qui portait le numéro 9413 était propre, complète et sans odeur, ce qui n'était pas le cas pour tout le monde. Ce qui amusait le plus Shanlan, c'était toute cette organisation mise en place pour élire seulement les 1484 licenciés du royaume. Quatre types d'officiers choisis parmi les sous-préfets orchestrent le bal de la Licence. Il y a ceux qui sont chargés de recevoir les cahiers de composition, ceux qui ont pour fonction de replier la première page du cahier, de la coller et d'y apposer un cachet pour empêcher que les examinateurs ne puissent voir les noms. Il y a encore ceux qui sont chargés de faire recopier au minium les compositions. Cette recopie se fait en rouge et sera relue par des fonctionnaires affectés à cette tâche afin d'éliminer toute erreur de recopie. Les fonctionnaires ont droit à trois domestiques chacun. Il ne faut pas non plus oublier ceux qui timbrent les cahiers, ceux qui les rassemblent, les surveillants, ceux qui font des enquêtes, ceux qui préparent la nourriture et ceux qui gardent les portes qui viennent juste d'être scellées puisque tout le monde est rentré dans l'enceinte. Personne jusqu'au lendemain soir ne quitterait plus ce camp. Et si par malheur, comme cela arrivait à chaque concours, il y avait un mort par suicide ou par tout autre cause, parmi les candidats ou les surveillants, une entaille serait réalisée dans le mur d'enceinte afin de permettre le passage du corps. Au fond des bâtiments d'examen sont relégués dans la partie la plus septentrionale, pendant toute la durée des épreuves et jusqu'à la publication des listes d'admission, les Examinateurs et les Officiers, nommés les "Mandarins de la cour intérieure". Il ne leur est pas permis de communiquer avec les autres fonctionnaires. Il leur aussi aussi interdit de posséder de l'encre rouge afin qu'ils ne soient pas achetés pour la correction. Ils furent fouillés très strictement à leur entrée dans l'enceinte. Les fonctionnaires des appartements extérieurs ne doivent pas avoir d'encre noire. En fait chaque type de fonctionnaire possède une couleur d'encre qui lui est propre: les Examinateurs impériaux se servent d'encre noire, les autres fonctionnaires de la clôture intérieure d'encre bleue, les fonctionnaires de la clôture extérieure d'encre violette, les Copistes d'encre rouge et les Correcteurs, d'encre jaune. Un vrai festival de couleurs pour un seul cahier, pensait Shanlan qui pensait à bien d'autres choses qu'à réussir cet examen...
La fin de l'histoire : ICI
10:40 Publié dans Contes, Mathématiques | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : li shanlan, histoire |
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11 juillet 2007
Un étudiant presque comme les autres -1-
Shanlan était angoissé. C'était l'année de la licence, épreuve triennale en Chine. Nous étions le 8ème jour de la 8ème lune. Le début officiel des épreuves était fixé au 9ème jour et elles se poursuivraient le 12ème et le 15ème jour. Shanlan s'était rendu à Hangzhou, capitale de la province du Zhejiang. Shanlan se rappelait tout le travail qu'il lui avait fallu fournir pour arriver jusque-là. Ce fût avec l'aide de son précepteur Chen Huan, illustre lettré, ancien élève de Duan Yucai que Shanlan put mémoriser Les Classiques et s'entrainer aux dissertations littéraires à plan imposé en huit parties ( bagu ). Il lui fallut apprendre par coeur les Entretiens de Confucius, le Mencius, le Yijing, le Canon de l'Histoire, le Rituel et le Commentaire de Zuo. Il lui fallait retenir très exactement le 431 286 caractères ( un caractère correspondant à un mot ), travail qui lui demanda 6 années d'efforts ininterrompus à raison de 200 caractères par jour. Rien d'extérieur aux Classiques ne pouvait rentrer dans cette tête prête à exploser, même si Shanlan, au plus profond de lui, préférait les mathématiques. Pas de place pour les Neufs chapitres sur le calcul qu'il consultait discrètement dans la bilbiothèque familiale depuis l'âge de 10 ans.
Dès le 5 de la 8ème lune, les copistes, officiers subalternes et employés entrèrent dans l'enceinte, ils avaient apporté leurs vêtements, leur literie et quelques provisions de bouche; ils furent fouillés à l'entrée par les gardes. Le 6, après un banquet et des prosternations dans la direction du nord, entrèrent dans l'enceinte, les examinateurs au son du canon et de la musique. Le président fit un sacrifice devant la porte, il inspecta toutes les salles et toutes les loges. Tous les fonctionnaires se rendirent à leur poste. Les épreuves de la licence et les premières épreuves du doctorat avaient lieu dans des locaux spéciaux entourés de murs de tous côtés. Shanlan eut froid dans le dos lorsqu'il vit l'ampleur de ce dispositif prêt à recevoir près de 15 000 candidats. Il savait aussi qu'il y avait peu d'élus, seulement 142 places pour la province du Zhejiang et 1484 pour tout l'empire. Ses bonnes compétences mathématiques lui permirent de conclure que le taux de réussite à ce concours n'était que de 0.71% et qu'il y avait au total plus de 200 000 candidats angoissés comme lui dans tout l'empire.
Le camp s'enfuyait à perte de vue, au fond on apercevait les salles réservées aux mandarins de service, en avant étaient alignés des bâtiments bas, parallèles, tous ouverts sur des allées qui les séparent et divisés par des cloisons en loges, toutes semblables: elles ont une paroi au fond, une sur chaque côté, elles sont meublées de quatre planches qui se posent à différentes hauteurs et qui servent de siège, de table, de lit ; à Hangzhou, les loges ont 1m, 85 de hauteur, 1m, 15 de profondeur, 0m, 90 de largeur ; il y en avait exactement 14 194 ; le personnel d'examinateurs, surveillants, huissiers, domestiques, se montait environ à dix mille hommes...
La suite : ICI
14:00 Publié dans Contes, Hommes et femmes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : li shanlan, histoire |
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14 juin 2007
Lorsqu'un mathématicien fabrique de l'or...
Contrairement à une idée largement répandue selon laquelle tout mathématicien se contenterait pour vivre, d'un peu d'eau et de quelque problème ardu, l'exemple suivant nous prouve le contraire et montre même, que comme beaucoup, le mathématicien peut aussi être bassement attiré par les richesses matérielles et le gain d'argent. En mathématiques, on nommerait cela un contre-exemple qui, à lui seul, a la faculté ( économique elle ) d'invalider la proposition générale.
Dans un article de "Pour la Science" de Juin 1989, le rédacteur de la rubrique "Créations informatiques", E. Dewdney, fait part au public de la réception d'une étrange lettre d'un mathématicien, qui, voulant garder l'anonymat, avait pris le pseudonyme de A. Cranu. Ce dernier appuyait son récit sur le théorème paradoxal de Banach-Tarski affirmant que l'on peut découper un solide en morceaux et obtenir un solide deux fois plus gros ou deux solides identiques.
En fait de paradoxe, le théorème utilise la propriété d'équivalence d'ensembles d'intérieurs non vides et bornés de l'espace à 3 dimensions usuel ( on dirait les volumes ) pour démontrer qu'il est possible de découper l'un d'entre eux et obtenir un solide plus volumineux ou deux solides identiques au premier, tout morceau du volume de départ pouvant être superposé à un morceau du ou des volumes d'arrivée !
Il serait donc possible de prendre une boule, de la découper et d'obtenir une boule plus grosse. A. Cranu explique dans sa mystérieuse lettre, qu'il s'est lancé dans le "grossissement" de la boule... d'or. Tant qu'à faire, autant que se soit lucratif.
Pour cela, il affirme avoir utilisé son ordinateur personnel pour réaliser ce découpage, car si le théorème indique bien qu'un tel découpage est possible, il ne dit rien sur la façon de le réaliser. En fait les morceaux ressembleraient à des fractales. A. Cranu indique qu'il a eut recours à un générateur de nombres aléatoires en triple précision et à un algorithme qui lui a permis, Ô surprise, de dessiner la forme de ces morceaux et qu'il a vu apparaitre sur son écran une nouvelle boule ayant doublé son volume.
A. Cranu précise qu'il ne put résister à l'idée d'appliquer ces résultats à la découpe d'une boule, bien réelle celle-là, en or massif. Le lendemain, il entama ses économies et fit couler 350 grammes d'or en boule et se dota d'une scie d'orfèvre. A. Cranu affirma avoir travaillé 7 longs mois, jours et nuits, dimanches et jours fériés, pendant lesquels il abima sa vue et reconstruisit la nouvelle boule en suivant le découpage qui lui était proposé par l'ordinateur. L'assemblage lui pris plussieurs semaines, les morceaux les plus intérieurs, étant les plus difficiles à assembler. Il affirme que la nouvelle boule est plus irrégulière que la première, bosselée et laide. Une fois le travail terminé, il l'apporta chez son joaillier qui constata qu'elle pesait... 1406 grammmes. Un peu déçu, car il espérait mieux, A. Cranu n'en fut pas moins ébahi d'avoir créé de l'or.
Ne s'arrétant pas en si bon chemin, A.Cranu affirme dans sa lettre, avoir automatisé le procédé de la construction de grosses boules sur une chaine de montage piloté par ordinateur. L'excès d'or obtenu permettait même d'alimenter le cycle suivant.
A. Cranu n'a plus écrit à E. Dewdney depuis décembre 1988, date à laquelle il affirma son intention de déménager, compte tenu du danger grandissant, et période à partir de laquelle on put constater une baisse, légère mais régulière, du cours de l'or.
Ce n'est visiblement plus le cas. Qu'est-il advenu de A. Cranu ? Quelqu'un aurait-il des informations précises sur sa dernière localisation géographique?
Inspiré d'un article de "Pour la Science" de juin 1989.
22:30 Publié dans Contes, Humour, Mathématiques, Paradoxes, limitations,erreurs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : paradoxe, humour, mathématiques, banach, tarski, théorème |
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18 décembre 2006
Un petit conte scolaire
Rémi revient de l'école. C'est un élève débordant d'énergie, un élément turbulent, souvent enclain à la dissipation et ses parents le savent bien et lui mettent la pression. Il est dans une classe de collège très hétérogène. Il écoute le cours pendant un moment, puis petit à petit, son comportement se modifie, la dispersion apparait. Les professeurs le sermonent sans cesse. Lui, il explique que c'est parce qu'il s'ennuie chaque jour en classe, de façon cyclique, qu'il éprouve de la fatigue. Las de n'avoir que très peu de prise sur lui, les professeurs lui font remarquer que son esprit n'est pas assez souple, et qu'un peu de plasticité intellectuelle lui ferait le plus grand bien. Au lieu de s'échauffer en permanence, et de s'agiter avec ses camarades, il ferait mieux de fournir un travail continu et de s'imposer des contraintes rigides qu'il respecterait. Rémi sait très bien qu'il ne possède aucune fluidité pour répondre aux exigences scolaires mais il a en outre un niveau solide en jeux vidéos dans lesquels il est capable de déployer une énorme puissance imaginative et ça les professeurs oublient toujours de le souligner. Certes ses notes ne sont pas régulières, comme élastiques mais Rémi dit qu'il fait souvent des efforts. Cependant ces professeurs ne sont pas très optimistes en ce qui concerne sa trajectoire , son orientation, il manque de repères. Rémi, pris dans le tourbillon de l'insouciance, préfère rester à la surface des choses, ne pas subir le choc brutal de la confrontation avec les adultes, leur rugosité quasi-permanente et rester dans son milieu clos, dans sa bulle, au bord de leur univers.
Un constat
Loin d'être innocent, ce petit texte cache en tous les mots soulignés un double-sens, dont l'autre, très précis en mécanique, est proche - sauf pour « jeu » peut-être- de l'idée intuitive que l'on s'en fait. Alors pourquoi les qualificatifs utilisés sont-ils à se point présents en mécanique ( ou dans ce texte )? Les comportements individuels et collectifs auraient-ils un rapport étroit avec cette science? Ne parle-t-on pas aujourd'hui de société liquide? Nous pouvons être surpris d'une telle adéquation des deux registres de vocabulaire. Il m'aurait d'ailleurs été tout aussi facile de faire un texte reprenant ces mêmes mots abordant le comportement de tel matériau dans un fluide. La mécanique n'est plus seulement celle de Kepler, elle travaille depuis quelques temps déjà avec l'hétérogénéité, les changements de phases, de température et de pression. C'est aussi la mécanique des grandes déformations, des effondrements, des éboulements et des glissements . Elle est maintenant statistique, fait la part belle au chaos, aux fractales. Elle n'est plus la mécanique du simple ( qui n'est pas forcément simple : problème à N corps ) mais aussi du complexe, du mélangé, du poudreux, du gélatineux, du sableux, etc, elle est mécanique des interfaces, des zones de turbulence, de mélange.. Les limites deviennent moins nettes, moins sûres, plus dynamiques, les différences s'amenuisent à la frontière mais engendrent cependant des effets dans la totalité du milieu. Le milieu social s'explique-t-il dans les mêmes termes que le milieu de la mécanique? Le langage, en précurseur, semble l'indiquer.
18:40 Publié dans Contes, Quel beau métier professeur | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : enseignement |
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20 octobre 2006
Terrain vague
18:20 Publié dans Contes | Lien permanent | Commentaires (0) |
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17 octobre 2006
L'arbre
Un peu plus avant, Valeri rencontra de nouveau les deux badauds. Assis sur un banc, l'un faisait de grands gestes avec le bras droit tandis que l'autre bougeait beaucoup la tête.
- C'est un arbre
- Un quoi ?
- Un arbre, te dis-je.
- Je ne comprends pas.
- C'est un arbre.
- Non vraiment c'est trop compliqué pour moi.
- C'EST UN ARBRE !
- Peux tu m'expliquer?
- C'est un arbre car il possède la caractéristique d'arbritude, c'est un arbre car il arbrisse, c'est un arbre car il a un tronc et des feuilles, c'est un arbre car il arbore.
- Oui c'est bon j'ai compris, mais pourquoi as-tu utilisé le même nom pour indiquer quatre choses différentes, c'est ça qui m'embrouille ?
Valeri continua son chemin, méditatif mais la sensation de solitude commença à lui peser.
20:00 Publié dans Contes | Lien permanent | Commentaires (0) |
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30 septembre 2006
Le fleuve
Un peu sonné, Valeri poursuivit son chemin vers le fleuve. C'était comme si l'eau l'appelait, il l'entendait, l'écoutait, allant jusqu'à l'imaginer. Sous le pont l'escalier descendait, tout raide, pour venir mourir sur la rive. Valeri s'avança, lentement, en suivant le cortège de deux badauds qui déambulaient puis qui s'évaporèrent. La berge s'ouvrait et Valeri enfila sa main sous les remous glacés pour en saisir toute la pathétique réalité. Le pêcheur était assis, à coté, immobile. L'eau se faufilait entre ses doigts. Les secondes s'accrochaient à l'onde pour ensuite se disperser en fines gouttelettes. En face, sur l'autre berge, un chien promenait son maître ! Quelle idée ! Valeri plaça sa main sur une fine lame et se concentra sur le fil. Il laissa glisser son esprit, sans le retenir, qui rejoignit son imagination, elle aussi lacérée. Tous deux colorèrent l'eau et firent disparaître le pêcheur. Le chien gueula après son maître. Il n'avançait pas assez vite. Valeri poursuivit son chemin et le pêcheur du regard. Il ne bougeait presque plus. Il était seul maintenant. La végétation s'épaississait autour de lui. Etouffantes de vérités, les branches s'enlaçaient, s'enroulaient autour de sa carcasse et la retenait. Les ronces s'agrippaient sur la veste. Le chemin était trop difficile. A quelques pas, le sentier remontait un peu. Valeri se dit qu'en l'empruntant, il pourrait, peut-être, contempler le fleuve. Seul.
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02 janvier 2006
Au pays de Lam -I-
Toujours en marchant
Je m'arrète au pays de Lam
Le portier m'interpelle
Eh, l'ami es tu un habitué ?
Non lui répondis-je
Alors tu souffriras me répondit-il en riant
Bonne route quand même
Au pays de Lam, il faisait juste assez chaud pour être bien
L'air y était vif
Pourquoi le portier m'as t-il dit que je souffrirai ?
Après quelques heures de marche, la fatigue commença à me prendre dans les pieds et les jambes. Je décidais de m'arréter lorsque je vis le portier
Et l'ami, on tourne en rond , s'exclama-t-il en riant encore
Non lui répondis-je, j'ai pris la route, elle était droite j'en suis certain
Ah l'ami, au pays de Lam, saches que les droites sont des cercles et les cercles sont des droites, c'est la règle, il faut t'y plier, comme tout le monde
Dis moi, portier, je suis exténué, j'aimerai aller à l'auberge la plus proche, comment puis-je m'y rendre ?
Facile, facile, vas tout droit et tu la trouveras sur ton chemin
Mais comment faire puisqu'ici, aller tout droit signifie tourner, si je reprends la route, je vais tourner en rond une nouvelle fois
Mais l'ami , ici les routes sont interdites, c'est le seul endroit où il ne faut pas aller. Eloigne toi de la route et tu trouveras l'auberge
Dois je aller à gauche ou à droite?
Peu importe ici il n'y a ni gauche ni droite, ou plutôt c'est la même chose
Des champs s'ouvraient à perte de vue, les yeux me piquaient un peu et la chaleur me semblait soudain plus lourde
je marchais, marchais et l'auberge n'apparaissait toujours pas. Le portier aurait-il menti ?
Soudain, une silhouette se dessinait à l'horizon
Pourvu qu'il ne parte pas, j'accélérai les pas et je vis le portier cueillir tranquilement des cerises
Agacé, je demande au portier si l'auberge est encore loin
Ah l'ami, tu ne sais sans doute pas, au pays de Lam, les aubergent passent mais ne restent pas, il est souvent difficile de les rencontrer, cela demande une certain habitude et la première fois personne n'y arrive
Alors comment faire pour me reposer ?
Et bien tu le fais mais pas à l'auberge
Chez quelqu'un alors ?
Si tu veux, tu peux essayer
Je continue mon chemin, qui n'en est pas un d'ailleurs, afin de trouver une habitation, mais des champs, rien que des champs
Soudain, une maison se dessina à l'horizon
Pourvu que le propriétaire soit accueillant, j'accelerais le pas et je vis le portier à la grille
Fourbu,je en pose même pas la question de savoir pourquoi je rencontrai toujours le même homme
Et je lui demandais s'il pouvais m'héberger pour la nuit
Eh l'ami me rétorqua-t-il, tu ne sais sans doute pas, mais je ne suis pas le propriétaire et c'est justement lui qui m'emploie pour garder la demeure afin de s'assurer que personne n'y entre
Peux-tu m'indiquer la prochaine maison alors ?
Je n'en connais pas d'autre près d'ici
Mais alors comment me reposer?
Attends l'auberge, elle va sans doute bientôt passer c'est son heure. Vas au bout du chemin et assieds-toi
, lorsque l'aubergiste te verra, il s'arrêtera
D'accord
En effet, l'aubergiste arriva, c'était en fait une grande roulotte. Ella s'avança jusqu'a moi et l'aubergiste, un maigre bonhome tout rabougri, marmonna une phrase inaudible
Aubergiste, lui dis-je, est-il possible de dormir une nuit ?
Oui c'est possible mais il faudrait que tu sois avec le portier, car ici c'est le portier qui ouvre les portes et moi je suis un simple aubergiste
Tout ceci ressemblait à une farce de mauvais goût
Mais comment aller chercher le portier sans que tu partes?
Ne t'inquiète pas, si tu trouves le portier, je repasserai vite
Je retournais donc sur mes pas, vers la belle demeure afin d'y rencontrer le portier. Il était toujours à la grille
Portier, lui dis-je, je dois attendre avec toi l'auberge afin que tu m'ouvres la porte, c'est l'aubergiste qui m'a envoyé à ta rencontre
D'accord mais je te préviens, il est rare que les auberges passent près des maisons. Elles ne s'aiment pas beaucoup.
Es tu en train de me dire que si j'attends ici l'auberge avec toi, jamais elle ne passera
Je ne suis pas aussi catégorique, mais il est vrai que de mon vivant, je n'ai jamais vu une auberge s'approcher d'une maison
Viens donc avec moi un peu plus loin
Impossible, je garde la porte de la maison
Et quand cesseras-tu ce travail ?
Lorsque le propriétaire reviendra
Quand reviendra t-il ?
Je ne sais pas
Je dois donc attendre un temps indéterminé avant de me reposer !
Oui
Et toi tu ne te reposes pas ?
C'est déjà fait
Et les autres jours , à quelle heure le propriétaire est-il revenu ?
Je ne sais pas, c'est la première fois que je garde sa maison
Et qui est le propriétaire ?
C'est l'aubergiste
Mais alors, il va venir ici
Oui, mais sans son auberge, seulement pour se reposer
Et penses-tu qu'il m'accordera le gîte ?
je ne pense pas, c'est déjà son travail, c'est beaucoup lui demander
C'est inextricable !
Pour toi oui
Pourquoi pour moi ?
Parce que tu as envie de te reposer et visiblement, c'est impossible
As-tu une solution ?
Non, c'est à toi de la trouver, moi je peux seulement te renseigner et t'aider dans la limite de mes possibilités
Que ferais-tu à ma place ?
Je n'y suis pas
Mais si tu y étais ?
La même chose que toi
C'est à dire?
Ce que tu fais
Mais je n'y arrive pas
Alors, moi non plus je n'y arriverai pas
On tourne en rond
C'est comme cela que l'on avance au pays de Lam
C'est fatigant
Oui, je t'avais prévenu, d'ailleurs tu ferais mieux de poursuivre ton chemin car ici il n'y a pas de solution à ton problème
Pour aller où ?
Où tu veux !
Je veux me reposer
Mais ce n'est pas un lieu et au pays de Lam, il n'y a que des lieux, le reste est incertain
Certes mais je vois bien que l'on ne peut ni rentrer dans une maison, ni rentrer dans une auberge, ni prendre une route
Tu as sans doute raison, le pays de Lam est peut-être le lieu de l'idée des lieus, le reste n'est que pure imagination
Mais comment faites-vous pour y vivre ?
On s'habitue, ce n'est pas pire que d'autres rèbgles, c'est différent c'est tout
Ici, vous vivez avec l'idée des choses et non les choses?
Oui et c'est plus reposant ainsi
Je n'ai donc pas d'auter choix que de remplacer l'auberge par l'idée de l'auberge ?
C'est ça, tu peux même mieux faire, en n'ayant pas d'idée du tout
Mais dans ce cas c'est impossible d'avancer
N'oublie pas qu'au pays de Lamn tu avances en tournant en rond
Que veux tu me dire ?
Rien, que les choses ne sont pas forcément comme tu les penses
Je m'y perds
Et pourtant, tu viens d'avancer sans bouger, alors que tu croyais qu'il fallait bouger pour avancer !
Quel étrange pays que ton pays de Lam !
C'est aussi le tien
Comment ça ?
C'est le tien puisque tu y es
Je n'y suis que de passage
Comment peux tu en être si sûr ?
Car je vais retourner dans le mien
Oui mais on ne sort jamais vraiment du pays de Lam. Plus tu le fuieras, plus il se rapprocheras. Plus tu chasses une idée, plus elle s'accroche à toi, ne l'as tu jamais remarqué? Et le pays de Lam, c'est justement le pays des idées
Adieu portier, peux tu m'indiquer comment rentrer chez moi ?
Rien de plus simple
Le portier ouvrit la grille, puis la porte de la maison de l'aubergiste et je vis à ce moment le trottoir sur lequel je marchais
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01 janvier 2006
Au pays de Lam -II-
Las-bas chacun se connaissait sans s'être jamais rencontré. C'était comme cela. Les habitants de Lam lisaient dans les pensées des autres, la vie était simple mais pas toujours facile, quelque fois même assez rude mais cela ne durait guère. Il n'y avait pas de chef et le pays s'administrait sans difficulté particulière, avec du bon sens. Les gens étaient différents, avaient plus ou moins d'affinités. Ils se rassemblaient instantanément pour partager leurs différences. Le travail et les richesses se répartissaient globalement bien car chacun partageait la souffrance de l'autre et la comprenait.Le pensées négatives étaient lisbles. Elles s'éteignaient rapidement d'elles mêmes, plus par peur de la moquerie que par une morale rigide. Les gens n'enviaient pas les autres car la facilité de communication comblait souvent leurs souffrances et pour le reste, ils comprenaient et acceptaient le lot de malheurs imprévisibles. Cependant l'injustice la plus mal acceptée était celle de l'inégalité de la longueur de la vie et la maladie. lorsque les habitants de Lam commencèrent à organiser leur société : certains dont les talents de chercheurs ne faisaient pas de doute furent attachés à la recherche scientifique. Ils firent de rapides progrès. Les médecins et les chirurgiens étaient très appréciés. Lorsqu'ils se croisaient, les gens se demandaient s'ils étaient heureux et si l'organisation de la société leur convenait. Tous répondaient par l'affirmative car un grand bien en provenait. Des années passèrent et un jour un vieil ermite descendit de la colline, personne ne l'avait jamais interrogé. Dès son arrivée dans la ville, il exprima ce qu'il pensait et expliqua que selon lui, il y avait plus d'égalité à ce que la durée de vie de chacun soit fixée par le destin que par les médecins et que, de vouloir vivre le plus longtemps possible, naîtrait plus d'inégalité que d'égalité. Personne n'était d'accord avec lui. Chaque habitant de Lam ne comprenait pas pourquoi de plus de justice naîtrait plus d'injustice... Le sujet alimenta bientôt toutes les conversations, on ne parlait plus que de cela, jamais polémique n'avait été plus vive au pays de Lam. Il était de plus inacceptable qu'une action collective engagée au départ pour le bien de tous, puisse se poursuivre sans l'unanimité de la population. s'il y vait un doute sur l'opportunité de la recherche médicale, il faudrait la stopper tout de suite. Impossible répondait la majorité, ce ne sont pas les pensées farfelues de ce vieil illuminé qi vont modifier ce fabuleux projet d'accroissement de la vie. Las, le vieil ermite retourna méditer dans sa montagne, fatigué que la population n'entende rien à son point de vue. L'ambiance générale se dégrada car les gens ne parvenaient pas à résoudre les conflits: pourquoi poursuivre une action collective qui ne fait pas l'unanimité? Fallait-il tuer le vieil homme? Fallait-il continuer le projet sans le consentement du vieil homme ou bien le stopper alors qu'il convenait à la population entière sauf au vieil homme? L'idée du bien collectif l'emporta petit à petit, par facilité, par moindre résistance. Mais au fur et à mesure que le temps passait, les habitants constatèrent qu'ils se comprenaient de moins en moins, malgré leur proximité, ils communiquaient beaucoup moins bien qu'avant. Certains tentèrent mêm de cacher leurs pensées pour ne pas avoir à justifier leurs positions. Une poignée d'entre eux eut l'idée d'aller rechercher le vieil homme dans la montagne. Mais celui-ci resta introuvable, mort peut-être, parti, nul ne l'a jamais su... Ils revinrent bredouilles mais anoncèrent à leur arrivée qu'ils avaient réussi à convertir le vieil homme à l'opinion générale. La majorité fut rassurée mais les choses ne s'organisaient pas aussi bien qu'auparavant. Quelques jours après, las habitants de Lam ne lisaient plus dans les pensées des autres. Je m'en souviens comme si c'était hier, je ne sais pourquoi ni comment...
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