10 août 2014

L'inavouable scolaire

Jean-Michel SALANSKIS est agrégé de maths, docteur en philosophie et enseignant-chercheur à l'université de Nanterre-Défense. Il est l'auteur d'une quinzaine de livres, notamment "Vivre avec  les mathématiques" ( Seuil 2009) dont est extrait le  texte joint.
N'ayant enseigné que dans le supérieur où l'enseignant  garde ses distances avec les centaines d'étudiants de son amphi, je suis quelque peu étonnée par ce texte écrit par un ex-enseignant du secondaire.

Il me serait agréable et utile de connaître les réactions des enseignants de lycées et collèges à la lecture de ce paragraphe intitulé curieusement  " L'inavouable scolaire" !


Merci d'avance.

KOSMANEK  Edith, docteure en maths, universitaire retraitée
http://kosmosya.xooit.fr/index.php

Il est possible d'annoter ce texte à partir du lien présent dans mon commantaire - OL.


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L'inavouable scolaire !   

"...Par cette école au sein de laquelle il appelle ses élèves à le suivre, de manière mimétique, dans les imaginations pertinentes et les jeux symboliques, l'enseignant a le sentiment de donner chair à une communauté; mais au bout du compte, c'est toute la mathématique dont il sait qu'il n'est que l'officiant local, qui dépend d'une telle communauté, reproduite à des milliers d'exemplaires dans toutes les langues et sur tous les continents.

Mathématiser, c'est partager des formes imaginaires susceptibles de couvrir les présentations, c'est partager des rites ludiques scripturaux. Parce que le statut "objectif", "externe", "indépendant" de l'objet mathématique est douteux, toute vie avec les maths ne trouve son assurance que dans de tels partages et ne saurait naître et procéder que de l'école. C'est de cela que l'amoureux des maths fait l'épreuve en se trouvant mis en situation d'enseigner. Alors qu'il s'était habitué à vivre la mathématique dans un corps à corps privé avec ses textes, ses énigmes, ses labyrinthes, il avait oublié à quel point cette aventure solitaire présupposait l'extraordinaire, l'intériorisation d'un partage, d'une école, d'une tradition, d'un rite.

A  vrai dire, le rituel de l'école est ce que l'enseignant retrouve entre les murs du collège et du lycée, quelle que soit sa discipline. S'il y a quelque chose de prépondérant dans ces établissements, en même temps que refoulé dans tout le reste de la vie sociale, c'est ce que j'aime appeler "l'inavouable scolaire". Par là, j'entends la manière dont les élèves et enseignants sont captivés par le rituel scolaire dont chaque micro-épisode sécrète d'émouvantes intensités. A l'intérieur des bâtiments de l’Éducation Nationale, au fil des jours rythmés par les emplois du temps et les services, se joue le jeu du mérite, de la bonne et de la mauvaise volonté, de la distinction, de la récompense, de l'échec, de la réprobation, de la note,  de la joie de la reconnaissance, de l'émotion de la transmission ...
Or tout cela est largement inavouable !

L'élève ne peut pas avouer à quel point il désire réussir et être bien vu. Par pudeur de dissimulation de l'amour qui se trahit ainsi, certes, mais aussi parce que de tels sentiments ne sont plus portables dans le monde: chacun est supposé se construire en usant librement de sa liberté, en comparant de manière rationnelle ses choix et leurs conséquences. Chacun est supposé être un principe de plaisir et un principe de réalité, pas un dévouement, une dédicace, un amour. Ce n'est pas se montrer suffisamment le cow-boy ou le détective privé de sa vie que d'exhiber les espoirs et les  peurs de qui suit un enseignant en même temps qu'un enseignement.

Symétriquement, celui qui enseigne découvre avec effroi et stupeur à quel point ce qui se passe dans sa classe lui importe: les péripéties de l'échec et du succès, de la pédagogie et de la compréhension des élèves. Le sourire de l'élève qui a "pigé" et l'a exprimé dans une phrase bien à lui, l'illumine pendant des jours.
Le bonheur de découvrir, en corrigeant une copie, qu'un élève a vraiment capitalisé le contenu et réussi un sans-faute, lui tirerait des larmes. Mais la vie de l'école n'est que cela de bout en bout, ce qui se laisse aussi dire sur le versant négatif: le malheur de l'élève qui n'y arrive pas, qui ne lit jamais dans le regard de l'enseignant qu'il a dit ou fait juste, ce malheur est profond et non relativisable. Le vécu de l'enseignant qui sent que les élèves ont décroché, qu'ils attendent seulement que l'enseignant cesse de les perturber sans rien leur promettre, est un des pires vécus de déchéance que l'on puisse traverser. Les enjeux du  savoir et de la pédagogie prennent toute la place, se substituent aux modalités ordinaires de la vie dans l'enceinte scolaire, et composent une étrange totalité, à la fois communautaire, sentimentale et intellectuelle, absolument impossible à communiquer et à faire accepter au dehors:  l'inavouable !

Celui qui enseigne les maths dans les classes du secondaire se trouve plongé dans l'inavouable plus que n'importe quel autre enseignant. D'abord en raison du poids de sérieux et de responsabilité qui revient aux maths. Le monde ambiant s'est tellement habitué à voir en elles le lieu de la principale sélection que les élèves, la plupart du temps, ressentent qu'autour de la réussite en maths se joue quelque chose d'essentiel qui dépasse l'aléatoire et le transitoire. Du coup, l'enseignant observe la dramatisation extrême, par exemple, des contrôles de maths par les élèves. L'enseignant s'insurge et culpabilise: son enseignement devrait être reçu dans la gaieté et la confiance, il n'a jamais voulu l'angoisse et la souffrance des élèves. Il va faire tout ce qu'il peut pour dédramatiser: que se croire jugé et assigné une place définitive par le degré d'assimilation et de maîtrise qu'on avait tel jour en telle circonstance, est une folie. D'un autre côté, et c'est là que réside éminemment l'inavouable, il va éprouver une gratification immense: après tout, quel que soit le biais social, il se passe ceci: les élèves de la classe le rejoignent dans une sorte d'adhésion passionnée à l'enjeu des maths. Il les voit accepter de se laisser bouleverser par la question de savoir s'ils ont bien compris  ce que sont le noyau et l'image d'un endomorphisme, par exemple ...

Pour l'enseignant en maths, l'inavouable rejoint le mystère de l'école mathématique. Que la vie des élèves s'engage généreusement dans l'acquisition  des contenus mathématiques, il le prend comme la voie selon laquelle se reconstitue autour de lui et persiste avec lui l'antique école de la mathématique: celle qui, des Grecs aux séminaires Bourbaki, abrite une aventure qu'il sait extraordinaire, celle de l'esprit mathématique. Il tend à prendre l'implication scolaire de ses élèves dans les enjeux scolaires comme ce à la faveur de quoi s'organise la responsabilité collective d'une communauté à l'égard des objets et des significations mathématiques. Les maths étant l'effort de l'humanité pour expliciter, organiser et faire fonctionner un monde qui reflète les lois et structures mêmes que toute pensée doit se reconnaître,  ne peuvent être élaborées que dans ce partage droit et transparent qu'est supposé être celui de l'école mathématique. Partage où chacun est l'égal de tout autre, chacun étant également en charge de la volonté de structures claires, de l'action symbolique publique contrôlable et des énoncés conformes à ce qui se montre ou se fait. Un tel partage qui a pu inspirer les concepteurs d'utopie rêvant d'une anarchie légale où la hiérarchie de droit disparaîtrait, n'est-il pas  le fait dont  l'idée splendide descend sur chaque classe où l'on enseigne les maths, appelée en quelque sorte par la ferveur des élèves et la passion des enseignants?

Trop belle image sans doute mais qui exprime comment l'on peut se sentir comme enseignant des maths, au point de jonction entre l'émotion de l'inavouable et une  vision éthique autant que théorique..."

09 août 2014

L'univers numérique d'un prof de maths #8

Comme chaque année, il est intéressant de lire les précédents billets pour suivre l'évolution technique et pratique depuis 8 ans maintenant.

Une chose est sûre: j'écris beaucoup moins sur ce blog. Sans réaliser une auto-analyse j'y vois plusieurs raisons:

J'ai moins envie
La spécialisation de ce blog sur les mathématiques freine un peu mes idées
En plus j'ai moins d'idées
Je prend un peu plus le temps de vivre
Je me force moins à produire
...

Attendez un peu; je relis le billet de l'année passée et je commente:

Rien de plus sur le smartphone. Je l'utilise de façon personnelle pour consulter les infos, mes mails et Facebook (et occasionnellement téléphoner). J'utilise principalement CamScanner pour réaliser des scans "minute".

Je ne lis plus de flux RSS. Je n'ai presque pas acheté de livres numériques et préfère les versions papier pour lire.

Je crois que j'ai remplacé Evernote ( que je n'utilise plus) par Diigo mais je ne sais pas très bien pour quelle raison, peut-être une maj de l'appli smartphone, ou plus de simplicité sous Chrome... 

Une maj fatale m'a fait changer d'ordinateur. J'ai maintenant un Lenovo Yoga 2 sous Windows 8. Il se transforme en tablette. Je vais tenter de l'utiliser avec cette fonctionnalité l'année prochaine en classe. J'ai trouvé la prise en main de Windows 8 assez sympa, plus que l'idée que je m'en faisais!

J'utilise toujours (et les élèves le demandent) Edmodo et les formulaires Google. J'ai créé environ quatre formulaires par classe (prise de connaissance des compétences, auto-évaluation des élèves, remontée d'information, évaluation du cours et de mes pratiques par les élèves)

J'ai créé un petit site Google pour centraliser les échanges de documents et d'informations, car je trouve que la succession temporelle des billets Edmodo ou des maj du cahier de texte rend laborieuse la recherche (pour moi et les élèves). De plus j'y ai enregistré en vidéo mon contrat didactique, car j'ai eu quelques interprétations très personnelles de la part des terminales, de mon discours de début d'année...

J'ai créé et je fais fonctionner en classe des Quizz avec Socrative. Essayez le mode "course de fusées en groupes", c'est un Top!

J'ai enregistré un nombre assez important (pour moi!) de tutoriels et de vidéos que j'ai publiés su Youtube.
Pour l'enregistrement d'écran, je pense utiliser dorénavant Active Presenter, Windows Media Maker pour le montage et YouTube pour la publication.

J'utilise PDF Shaper pour manipuler les PDF.

J'utilise Xmind (principalement en formation) avec une imprimante PDF (PDF CReator).

Je vais travailler un peu sur Open Sankoré et j'ai remarqué que c'était un excellent extracteur de fichiers flash. Je vais l'utiliser, dans un premier temps, pour présenter des document PDF avec des entrées manuscrites.

J'utilise de plus en plus le tableur avec une sélection de données par liste pour évaluer les élèves (un must pour corriger le bac ou le brevet).

 Capture d'écran 2014-08-09 09.28.44.png

 

Au rwar et à bientôt ici.

08 juillet 2014

Libre Office et Latex

27 juin 2014

Sous-titrage et traduction de sous-titres de vidéos

Je vous propose une excellente vidéo tutoriel abordant la problématique du sous-titrage et de la traduction des sous-titres de vidéos. Elle a été réalisée par Olivier Roizes.

Usages présents et à venir des sous-titres de vidéos: une présentation à l'intention du réseau des IREM from maths info on Vimeo.

13 juin 2014

Maths, théâtre et anglais : cocktail gagnant

Les collégiennes de Guipavas sont arrivées deuxièmes au Concours Européen de Maths

Deuxièmes au concours européen de maths_1.jpg

À Guipavas, des collégiennes sont à l'honneur pour leur pièce de théâtre, en anglais, sur la vie de Galilée. Pour  recevoir leur prix, elles sont allées à Chypre. Trop classe ! 
Une pièce de théâtre en anglais, sur un sujet de maths ? Et, dans le cadre d'un concours européen ? Pas évident comme projet... « Au début, personne n'y croyait. C'était trop bizarre », reconnaît Maëlle. « Quand on en parlait à notre  entourage, la plupart étaient sceptiques », assure Juliette. « Les gens nous plaignaient », ajoute même Anaïs. « Mais on s'est investies à fond. Et on y est arrivées ! » s'exclament Gwénola et Taïna.  
Beau parcours pour ces dix collégiennes de Saint-Charles, à Guipavas, près de Brest. Dans le cadre du concours Mathéâtre, deux équipes de l'établissement ont été sélectionnées pour les finales. Direction Chypre. C'était le 27 avril. En  catégorie 9-13 ans, une équipe a remporté le deuxième prix, derrière la Roumanie. Leur pièce raconte la vie de Galilée, célèbre mathématicien italien qui a formulé la chute des corps. 
Cette compétition fait partie d'un ambitieux projet européen, porté en France par Katell Tréguer, professeure de mathématiques à Saint-Charles : écrire un manuel répertoriant de nouvelles méthodes pour enseigner les mathématiques. « On cherche à « humaniser » les maths », explique-t-elle. Et notamment, en utilisant le théâtre. Ce travail aboutira dans les prochains mois à la publication d'un ouvrage de maths traduit en plusieurs langues, destinés à tous les élèves européens.  
« On a d'abord écrit la pièce en français. Puis, on l'a traduite en anglais, précisent les collégiennes. Le plus compliqué a été d'illustrer les règles mathématiques de Galilée en langage théâtral ». Pour aller à Nicosie, la capitale chypriote, il a fallu trouver 8 000 €. Les élèves ont démarché des entreprises et vendu des
pains au chocolat. « À Chypre, nous avons été accueillis par le ministre de l'Éducation et de la culture chypriote »
 
Au final, une expérience extraordinaire. « On a toutes gagné ! »
Pour se renseigner ou voir les films finalistes : www.le-math.

Article paru dan le journal Ouest-France Finistère édition du 3 juin 2014.

Toutes mes félicitations à ces collégiennes et à leur professeure pour avoir finaliser cet ambitieux projet. Nous l'avions déjà présenté dans ce blog en juin 2013 à son lancement.

02 juin 2014

Comment créer facilement un quizz interactif avec Socrative et Powerpoint

04 mai 2014

Mon poste de pilotage disciplinaire et numérique

Il est constitué site, google, vidéo, contrat, mathématiques, dropbox, dropittomed'un site Google PilotageMaths (type éducation): dans lequel j'ai placé : 

            1. un fil d'annonces générales
            2. un fil d'annonces pédagogiques
            3. un fil "Elève à la Une"
            4. un fil "Citation à la Une"

 

Ce site envoie directement sur le poste de pilotage qui est constitué:

  1. d'une vidéo augmentée avec WebMedia2 expliquant le contrat didactique de l'année à partir des réponses données par les camarades de l'année précédente.
  2. d'un espace de partage (Dossier Dropbox partagé) par classe dans lequel je placerai des fichiers. 
  3. d'un espace de dépôt commun Dropittome
  4. des Devoirs en Temps Libre.

J'ai déjà mis en place le contrat expliqué en vidéo, dans laquelle on verra d'ailleurs apparaître le retour des élèves.

L'idée est ici d'avoir construit un lieu unique numérique, dynamique, vivant et simple d'utilisation. J'espère y être parvenu.

Je réalise le transfert de fichiers vers l'espace partagé est réalisé par un simple copier-coller dans mon répertoire Dropbox. Je garde ainsi tous les originaux, séparés des copies dans deux répertoires distincts. Certains fichiers PDF seront verrouillés avec un mot de passe qui sera d'ailleurs identique à celui de l'espace de dépôt, afin de faciliter la mémorisation.

Comme expliqué dans la vidéo, la différentiation pédagogique se réalise via le réseau social pédagogique Edmodo, utilisé principalement pour sa fonction tutorale (un exemple).

Si vous avez des commentaires, n'hésitez-pas à m'en faire part. Les élèves ne sont pas les seuls bons conseillers ;)

01 mai 2014

Tutoriel pour créer une classe inversée, un cours vidéo augmenté avec WebMedia2 de Scenari

J'ai réalisé un tutoriel pour créer une classe inversée ou augmenter un cours à partir de vidéos: séquençage, hyperliens, quizz, ressources externes.

Ce tutoriel est réalisé sous la forme que peut prendre la classe inversée ou le cours augmenté.

Je reproduis ici les principales séquences de ce tutoriel:

 classe inversée, tutoriel, scenari, webmedia2,quizz, cours,

30 avril 2014

Construction d'un cours vidéo enrichi avec WebMédia2: l'algorithmique

Après avoir créé quelques tutoriels vidéos, j'ai les ai organisés avec la chaîne éditoriale WebMedia2. L'exemple que je vous propose concerne l'algorithmique. C'est en fait un "simple" regroupement de vidéos existantes en un seul cours avec menu. J'ai aussi enrichi l'ensemble de liens hyper-textes. Je n'ai pas encore utilisé toutes les fonctionnalités de Webmedia.

Voilà le résultat. J'ai utilisé Fillezilla pour placer l'ensemble sur un espace personnel. 

 

Premiers éléments d algorithmique.png

 

Je suis très satisfait du résultat car (pour une fois), la manipulation s'est déroulé sans difficultés et assez rapidement (moins de 2 heures).

Pour l'utilisation de WebMedia2, je me suis servi de l'excellent tutoriel de Tijani Rasmi.

 

17 mars 2014

La semaine des maths 2014 est ouverte

semaine_maths_2013_affiche_239124.54.JPGMontrer les mathématiques sous un jour nouveau, ludique, concret et dynamique, en présenter les innombrables facettes et débouchés pour donner envie aux élèves de faire des maths et encourager des vocations : tels sont les objectifs de la semaine des mathématiques, qui se déroule du 17 au 22 mars 2014, sur le thème Mathématiques au carrefour des cultures.

Cette semaine valorise les actions éducatives menées dans le champ des mathématiques aux niveaux académique et national.

http://www.education.gouv.fr/cid59384/la-semaine-des-mathematiques.html

Allez, un peu de pub pour mon Académie