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Inclassables M@thématiqu€s - Page 10

  • Revue de la semaine #2 – Lire le monde autrement

     

    1. Conflits & diplomatie

    • La Russie a lancé une vaste attaque de drones et missiles contre l’Ukraine dans la nuit du 19-20 septembre, touchant des zones résidentielles, des infrastructures vitales, provoquant plusieurs morts et de nombreux blessés. ([Reuters, 20/09/2025])  
    • Israel poursuit ses opérations à Gaza-City, avec des démolitions de bâtiments, déplacements massifs de population et des quartiers sur le fil du rasoir humanitaire. ([Reuters, 20/09/2025])  
    • Le président de Taïwan, Lai Ching-te, affirme que l’île se défendra, rejetant toute idée de reddition dans le cas d’une invasion chinoise, dans le cadre d’une semaine marquée par des événements de défense intensifiés. ([Reuters, 20/09/2025])  

    Quand les frontières sont violées ou menacées, les réactions se durcissent : souveraineté, peur, mobilisation. La diplomatie reste, mais sous tension.

     

    2. Santé

    • L’Agence européenne des médicaments (EMA) recommande une version injectable de Keytruda, qui pourrait rendre le traitement immunothérapeutique contre certains cancers plus rapide et moins lourd pour les patients. ([Reuters, 19/09/2025])  
    • L’Organisation mondiale de la santé (OMS) propose de considérer l’obésité comme une maladie chronique et recommande l’usage de médicaments amaigrissants pour les adultes avec un IMC de 30 ou plus, en plus des changements de mode de vie. ([Reuters, 15/09/2025])  
    • Novo Nordisk mène un essai sur Alzheimer utilisant semaglutide (déjà connu pour ses résultats en perte de poids), avec espérance d’effets positifs sur le cognitif, mais les résultats restent incertains. ([Reuters, 17/09/2025])  

    La médecine et la science avancent par paliers : certaines innovations peuvent transformer, mais leurs promesses nécessitent du temps, des tests, et une confiance publique.

     

    3. Économie & marchés

    • La Réserve fédérale américaine baisse ses taux pour la première fois depuis plusieurs mois, signalant une possible période d’assouplissement si l’inflation continue de ralentir. ([Reuters, 15/09/2025])  
    • En Europe, un rapport de la Cour des comptes de l’UE alerte sur des pénuries chroniques de médicaments (antibiotiques, analgésiques…), dues à des chaînes de production fragiles et une trop forte dépendance aux fabricants en Asie. ([Reuters, 17/09/2025])  

    L’économie oscille entre soulagement (des taux plus bas) et inquiétude (fragilité du système de santé, dépendances externes). Les marchés réagissent rapidement, mais les chaînes de fond restent vulnérables.

     

    4. Technologie, infrastructures & risques

    • Plusieurs grands aéroports européens (Heathrow, Berlin, Bruxelles) sont perturbés par une cyberattaque qui touche les systèmes de check-in et d’embarquement : retard, annulations, confusion pour les passagers. ([Reuters, 20/09/2025])  
    • L’Inde envoie son ministre du Commerce aux États-Unis pour relancer des négociations commerciales, suite à des tensions autour de droits de visa (H1B), tarifs douaniers, et importations de pétrole russe. ([Reuters, 20/09/2025])  

     Les infrastructures critiques et les échanges internationaux montrent leur double visage : indispensables, mais exposées. La dignité des systèmes techniques et des accords diplomatiques peut être brisée par un bug ou un conflit.

     

    5. Justice sociale & maladies du corps politique

    • Le Royaume-Uni est averti : le ministre britannique de la Science déclare que la baisse des investissements dans les médicaments affaiblit l’écosystème pharmaceutique local, après des retraits ou gel de projets par de grands labs. ([Reuters, 16/09/2025])  
    • Le Global Fund (lutte contre le sida, le paludisme, la tuberculose) annonce qu’il doit concentrer ses ressources sur les pays les plus pauvres face aux réductions d’aide internationale, pour ne pas creuser encore plus les inégalités en santé. ([Reuters, 10/09/2025])
    • Des sécheresses en Afrique subsaharienne aggravent l’insécurité alimentaire, mais l’absence de politiques internationales coordonnées limite l’accès aux soins pour les populations touchées par le sida et la tuberculose. ([Reuters, 18/09/2025]) Ce vide politique creuse encore les inégalités.

     Seigneurs invisibles des inégalités : quand les ressources reculent, ce sont souvent les plus vulnérables qui en pâtissent. La justice sociale ne peut pas rester une option de seconde zone.

     

      6. Environnement & ressources

    • Dans l’Union européenne, le projet de cible contraignante pour la réduction des gaz à effet de serre d’ici 2040 (-90% par rapport à 1990) a été repoussé à cause de résistances internes, notamment de la France et de l’Allemagne. Plan initial annulé, reporté aux dirigeants nationaux.  [Reuters, 12/09/2025])
    • Une vague de chaleur extrême a frappé l’Inde du Sud, provoquant des pénuries d’eau potable et des tensions dans les zones rurales, tandis que les autorités locales peinent à répondre à la demande énergétique accrue. ([Reuters, 18/09/2025])
    • En parallèle, l’Union européenne avance sur son plan de taxation carbone pour les importations, mais des désaccords persistent avec des partenaires commerciaux comme la Chine et l’Inde, menaçant les négociations climatiques globales. ([Reuters, 19/09/2025])`

    Les pressions sur les ressources naturelles amplifient les vulnérabilités : sécheresses, tensions commerciales, et inégalités d’accès rappellent que le climat est un multiplicateur de crises, souvent relégué au second plan face aux urgences immédiates.

     


    7. Découvertes scientifiques & regard sur l’extra-ordinaire

    • UnUn trou noir primordial récemment observé grandit à un rythme estimé à 2,4 fois la limite dite d’Eddington (la limite théorique de croissance rapide d’un trou noir), ce qui remet en question certains modèles astrophysiques sur l’évolution des trous noirs dans l’univers jeune.   ([LiveScience, 18/09/2025]).
    • Découverte dans les profondes eaux de l’océan Pacifique : un ver extrême (Paralvinella hessleri) vivant près des sources hydrothermales, dans des conditions très toxiques, avec des capacités de résilience cellulaire hors norme.  ([LiveScience, 16/09/2025]).
    • À Kigali, Rwanda, les Championnats du monde de cyclisme sur route se tiennent pour la première fois en Afrique, symbole fort du déplacement géographique d’un sport historiquement européen vers des terrains plus diversifiés.  ([Cycling Weekly, 17/09/2025]).

    La science et la culture sportive rappellent que le possible n’est pas seulement ce que l’on connaît, mais ce que l’on découvre : surfaces inconnues, résistances inattendues, territoires longtemps ignorés.

     

    Conclusion

    Cette semaine, l’actualité met en lumière des fronts multiples : guerre, diplomatie sous pression, innovations médicales majeures, fragilités économiques, et menaces technologiques.

  • Kernésis face à l’inévitable : le Soudeur et le Cartographe

     

    La Kernésis n’est pas une théorie de la perfection, mais une philosophie du flux et de la régulation. La vie n’est pas un mouvement lisse : elle est traversée de fractures (événements qui brisent notre continuité) et de vides (incertitudes que nous ne pouvons combler). Face à ces “inévitables”, le modèle propose deux figures complémentaires : le Soudeur de mémoires fractales et le Cartographe du vide.

     

    La voie du Soudeur : réparer la fracture

    Une fracture ontologique — un choc si violent qu’il déchire le flux de l’être — ne peut être simplement régulée. L’élan vital est rompu, la poussée germinative interrompue.

    C’est ici que surgit la figure du Soudeur.

    Il ne cherche pas à effacer la blessure, mais à la réparer en la rendant visible. Chaque fragment du passé est un attracteur rigide qui consomme notre énergie ; le travail du Soudeur consiste à les relier par une matière nouvelle (or, lumière, création).

    • Dimension kernésique :
      • RIACP : desserrer l’emprise des rigidités mémorielles.
      • Posture-Flux : retrouver un ancrage corporel et symbolique malgré la cassure.
      • Flux-Joie : la joie issue de ce travail n’est pas celle de la perfection, mais celle de la résilience créatrice.

    Ainsi, le Soudeur nous enseigne que la douleur peut devenir une ressource, que la fracture peut être transformée en élan.

     

    La voie du Cartographe : habiter le vide

     

    Une fois la fracture réparée, reste le vide. L’incertitude, l’absence de réponse, l’inconnu. Le danger serait de le remplir artificiellement de fausses certitudes.

    Le Cartographe, lui, ne comble pas ce vide. Il en dessine les contours. Sa carte n’est pas accumulation de savoirs, mais observation patiente des limites. Plutôt que de donner des réponses, il rend visible l’espace des questions.

     

    • Dimension kernésique :
      • ICPME : intégrer ce qui échappe à nos échelles habituelles.
      • Posture-Flux : tenir dans l’attente, dans une présence immobile et vigilante.
      • Flux-Joie : la joie ici est une sagesse : habiter l’incertain sans s’y perdre.

     

    Ainsi, le Cartographe nous enseigne que le vide n’est pas un manque, mais un espace de potentialité.

     

    Le lien entre les deux voies

    Le bol brisé et réparé à l’or (kintsugi) est le symbole de cette articulation :

    • le Soudeur rend la continuité possible,
    • le Cartographe donne sens à l’ouverture.

    Réparer sans contempler laisserait une armure rigide ; contempler sans réparer laisserait un gouffre béant. Ensemble, ils permettent de transformer la douleur et d’habiter l’incertitude.

     

    Kernésis et l’inévitable

    Face à l’inévitable, la Kernésis ne propose ni fuite ni maîtrise totale. Elle offre une double pédagogie :

    1. Réparer ce qui peut l’être (Soudeur).
    2. Cartographier ce qui ne peut pas l’être (Cartographe).
    3. Accepter que la vie demeure faite de fractures et de vides.

    En ce sens, la Kernésis devient non seulement une philosophie de la régulation, mais aussi une philosophie de la résilience et de la sagesse du réel.

    On peut aussi la voir comme une philosophie de Klein au sens topologique. La bouteille de Klein comme modèle de la pensée kernésique - cette surface paradoxale où l’intérieur devient extérieur par retournement continu.
    Le Soudeur et le Cartographe comme les deux mouvements de cette topologie impossible :
    •Le Soudeur opère les retournements (transformer la fracture en ressource)
    •Le Cartographe cartographie l’impossible (délimiter ce qui n’a pas de frontières)

    Ce qui signale que la topologie fonctionne, ce sont ces traces de continuité retrouvée, qu’elles prennent la forme d’un apaisement, d’une ouverture, ou parfois d’une joie - ces moments où les passages s’opèrent fluidement entre dimensions apparemment séparées.

    Une pensée qui échappe aux dichotomies par continuité paradoxale plutôt que par synthèse dialectique. 
  • Connaissance kernésique et difficultés de connaître

     
     
    1. Connaissance processuelle
     
    •Elle n’est pas définie par la possession d’un savoir figé, mais par la capacité à réguler et intégrer des flux d’informations, d’expériences et de tensions.
    •L’enjeu est moins « savoir que » que « savoir comment ajuster ».
     
     
    2. Connaissance multi-échelles
     
    •Kernésis insiste sur l’alignement à différents niveaux (corporel, psychologique, collectif, cosmique).
    •Une connaissance est jugée valable si elle tient simultanément à plusieurs échelles sans contradiction majeure.
     
     
    3. Connaissance critique mais non relativiste
     
    •Elle accepte la pluralité des perspectives, mais ne tombe pas dans le « tout se vaut ».
    •Un critère est donné : la vérité comme alignement multi-échelles, vérifiable par cohérence interne et effets observables (par ex. présence accrue, diminution des distorsions).
     
     
    4. Connaissance régulée par la rétroaction
     
    •Ce n’est pas une connaissance unilatérale, mais un système de boucles :
    •J’expérimente → j’observe les effets → je corrige → j’affine la posture.
    •Elle ressemble à une épistémologie opératoire : la valeur se teste dans la pratique.
     
     
     
    5. Connaissance cumulative en profondeur
     
    •Contrairement à une accumulation extensive de faits (encyclopédique), Kernésis met l’accent sur l’approfondissement :
    •Une même donnée peut être réinterprétée et intégrée à différents niveaux.
    •Ce qui compte, c’est la densité de compréhension, pas la quantité d’informations.
     
     
     
    ➤ En résumé
     
    Kernésis invite à une connaissance intégrative qui se définit par :
     
    1.Processualité — Ce n’est pas un stock de vérités, mais un ajustement dynamique aux flux.
    2.Multi-échelles — Une idée est vraie si elle tient du corporel au collectif, jusqu’au cosmique.
    3.Régulation rétroactive — La vérité se teste par boucles d’action → observation → correction.
    4.Pluralité non relativiste — Elle accueille la diversité des perspectives, mais garde un critère de validité.
    5.Critère de joie — La joie fonctionne comme symptôme et indicateur d’un alignement réussi.
    6.Ouverture germinative — Contrairement aux systèmes clos, le réel reste un flux toujours ré-ouvert.
    7.Infractalité — La connaissance progresse non par seule accumulation de données, mais aussi par approfondissement en densité.

     

    Tableau comparatif

    Philosophe / courant

    Connaissance =

    Critère de validité

    Limite

    Position de Kernésis

    Platon

    Rappel des Idées éternelles, accessibles par la dialectique

    Accord avec le monde intelligible

    Abstraction coupée du vécu sensible

    Kernésis refuse la séparation Idées/sensible : vise un alignement incarné

    Aristote

    Science des causes et principes (epistêmê)

    Démonstration logique et observation

    Rigidité, difficulté à saisir l’instabilité

    Kernésis retient la logique, mais en fait une logique fluïenne, rétroactive

    Descartes

    Certitude fondée sur l’évidence du cogito et la méthode

    Clarté et distinction, déduction

    Exclusion du corps et de l’incertitude

    Kernésis refuse la certitude absolue : la vérité est un ajustement

    Kant

    Synthèse sensibilité + entendement (catégories)

    Conditions transcendantales de possibilité

    Système clos, filtre inévitable

    Kernésis reprend l’idée de conditions, mais comme régulations évolutives

    Nietzsche

    Connaissance = interprétation, perspective vitale

    Force interprétative, puissance de vie

    Risque de relativisme (« tout est interprétation »)

    Kernésis accepte la pluralité, mais pose un critère d’alignement vérifiable

    Husserl

    Retour « aux choses mêmes », description du vécu de conscience

    Évidence phénoménologique

    Risque d’enfermement dans la conscience

    Kernésis intègre le vécu subjectif, mais dans un cadre de flux collectifs

    Heidegger

    Dévoilement (aletheia), ouverture de l’être

    Authenticité du rapport au monde

    Obscurité, peu opératoire

    Kernésis reprend l’idée de dévoilement, mais le rend opératoire par le crible fluïen

    Spinoza

    Trois genres de connaissance : imagination, raison, intuition. Connaître = augmenter la puissance d’agir

    Adéquation (idée qui exprime la cause et s’accorde à la Nature)

    Système très déterministe, clos

    Kernésis reprend la joie comme critère et la puissance d’agir, mais refuse le déterminisme : met l’accent sur l’ouverture germinative

    Kernésis

    Connaissance = traversée fluïenne et alignement multi-échelles

    Cohérence opératoire + joie rétroactive

    Risque d’auto-référentialité (critère interne)

    Surmonte ce risque en s’appuyant sur la régulation en boucle et l’infractalité du sens

     

    Difficultés rencontrées 

     

    1. Complexité multi-échelles

    •La réalité ne se joue pas sur un seul plan (mental, biologique, social, cosmique), mais sur des niveaux emboîtés.

    •Une connaissance peut paraître juste à une échelle (logique, sociale) et fausse à une autre (corporelle, cosmique).

    •➤ Difficulté kernésique : tenir ensemble plusieurs échelles sans réduire l’une à l’autre.

     

    2. Champ pulsionnel

    •Le flux pulsionnel (désirs, peurs, affects) déforme la perception.

    •Le rôle de la RIACP (Régulation et Inhibition du Champ Pulsionnel) est de tempérer ces distorsions, mais cela demande un effort permanent.

    •➤ Difficulté kernésique : distinguer entre une perception alignée et une projection pulsionnelle.

     

    3. Attracteurs rigides

    •L’esprit tend à se fixer sur des attracteurs (habitudes, dogmes, certitudes), qui enferment la pensée.

    •Ces attracteurs offrent une illusion de stabilité mais bloquent l’ajustement fluïen.

    •➤ Difficulté kernésique : desserrer les attracteurs sans tomber dans l’indétermination totale.

     

    4. Biais de rétroaction

    •Le critère kernésique de la joie rétroactive peut être brouillé : certaines joies illusoires (excitations, gratifications rapides) imitent la joie d’alignement.

    •➤ Difficulté kernésique : discerner les fausses joies des joies d’alignement.

     

    5. Ouverture infractale

    •Kernésis postule que le réel est toujours en germination (infractalité).

    •Cela implique que la connaissance ne peut jamais se clore complètement : il y a toujours un « reste » à intégrer.

    •➤ Difficulté kernésique : accepter une connaissance provisoire, ouverte, sans céder à l’impatience de la certitude totale.

     

    Synthèse

    Les difficultés de connaître, en Kernésis, viennent donc de :

    1.la complexité multi-échelles du réel,

    2.la pression du champ pulsionnel,

    3.les attracteurs rigides qui enferment la pensée,

    4.les brouillages du critère de joie,

    5.et la structure infractale du réel qui interdit la clôture définitive.

     

     

    Difficultés de connaître : comparatif philosophique

     

    Philosophe / courant

    Obstacles identifiés

    Exemple typique

    Position de Kernésis

    Platon

    Les illusions sensibles, l’ombre de la caverne

    Le prisonnier prend les ombres pour la réalité

    Kernésis reprend l’idée d’illusions, mais les voit comme attracteurs rigides : des fixations sur une échelle qui empêchent l’ouverture multi-échelles

    Aristote

    La limitation de l’expérience immédiate et des préjugés

    Juger à partir de l’opinion (doxa)

    Kernésis reformule : nos perceptions sont biaisées par le champ pulsionnel, d’où le besoin de régulation (RIACP)

    Descartes

    Les illusions des sens, les préjugés, le doute radical

    Bâton brisé dans l’eau → illusion

    Kernésis reprend l’importance du doute, mais refuse la quête d’une certitude absolue : le problème n’est pas l’illusion en soi, mais la confusion entre vraie et fausse joie

    Kant

    Nous ne connaissons jamais les choses en soi, mais seulement les phénomènes structurés par nos catégories

    Le temps et l’espace ne sont pas dans les choses mais dans l’esprit

    Kernésis partage l’idée que toute connaissance est conditionnée, mais remplace les « catégories fixes » par des régulations évolutives et toujours incomplètes (ouverture infractale)

    Nietzsche

    La volonté de vérité masque des pulsions, tout savoir est interprétation

    La science elle-même est une perspective vitale

    Kernésis intègre ce soupçon : le champ pulsionnel colore la connaissance. Mais il ne s’arrête pas au relativisme → pose un critère d’alignement multi-échelles

    Husserl

    La « naturalisation » du monde : oublier que tout sens passe par la conscience

    Croire que les choses « sont » sans examiner leur donation phénoménale

    Kernésis retient le risque d’oubli du vécu, mais l’élargit : la difficulté n’est pas seulement le « naturel », mais l’oubli du flux comme structure d’ensemble

    Heidegger

    L’oubli de l’être : l’obsession technique et représentative cache l’ouverture de l’être

    Réduire l’arbre à un « stock de bois »

    Kernésis reprend l’idée de dévoilement, mais pointe une difficulté pratique : la fermeture par des attracteurs technologiques ou sociaux

    Spinoza

    Premier genre de connaissance : imagination confuse, idées inadéquates

    Croire que le soleil est proche car il paraît petit

    Kernésis reprend cette confusion mais la reformule : c’est la domination du champ pulsionnel non régulé qui empêche l’accès à la connaissance adéquate

    Kernésis

    1. Complexité multi-échelles.  2. Distorsions pulsionnelles.  3. Attracteurs rigides.  4. Faux signaux de joie.  5. Réalité infractale (jamais close).

    Exemple : une théorie séduisante à court terme peut sembler « joyeuse » mais échoue à l’échelle collective ou corporelle

    Kernésis systématise les difficultés : la connaissance n’est jamais un « saut » hors des illusions, mais une régulation continue des biais et fermetures

     

    Synthèse

    • Les philosophes classiques identifient chacun une source principale d’erreur (sens trompeurs, imagination, catégories, oubli de l’être, etc.).
    • Kernésis reconnaît ces obstacles, mais les relie dans une grille intégrative : pulsions, attracteurs, multi-échelles, fausses joies, ouverture infractale.
    • La difficulté fondamentale : la connaissance kernésique ne peut jamais être close → elle est un processus régulé, non une possession définitive.

     

  • Kernésis et les « safe spaces » : de la protection close à l’exposition régulée

     

    1. Définition et enjeux

    Les safe spaces désignent des espaces volontairement sécurisés, conçus pour protéger des individus ou des groupes contre les violences symboliques, physiques ou psychologiques. Ils répondent à un besoin réel : se soustraire à des agressions ou discriminations répétées, offrir un lieu de respiration et de reconnaissance.

    Mais leur généralisation tend à transformer l’exception protectrice en modèle généralisé du cocon. On en vient à croire que le seul rapport juste au monde est un rapport sans friction, filtré, amorti. Cette logique, si elle devient exclusive, risque d’appauvrir l’expérience humaine : elle absolutise le dedans protecteur, réduit l’exposition au réel et atrophie la capacité à traverser la différence.

     

    2. La critique kernésique du cocon

    La civilisation contemporaine se replie de plus en plus sous cette forme de cocon protecteur.
        •    Bulles informationnelles qui confirment les certitudes.
        •    Technologies qui amortissent chaque effort.
        •    Sécurisation obsessionnelle qui évite le risque et l’imprévu.

    Ce cocon promet la tranquillité mais, en supprimant la friction, il coupe le sujet de son rapport vivant au monde.

    3. La réponse de Kernésis

    Kernésis ne nie pas le besoin de protection. Mais il refuse que celle-ci devienne une fin en soi. Sa matrice repose sur quatre paris fondamentaux :
        •    le réel est flux intelligible,
        •    la joie est boussole,
        •    la germination est constante,
        •    la vérité est alignement multi-échelles.

    À partir de ces paris, quatre gestes structurants déjouent la logique des safe spaces absolutisés :
        •    Éclosophie : rappeler que toute existence est une poussée germinative. Elle suppose l’exposition à un dehors qui nourrit et éprouve. Un safe space peut protéger la germination, mais il ne doit jamais la figer.
        •    Rotule : articuler protection et ouverture. Kernésis ne rejette pas l’espace sûr, mais le pense comme rotule : une articulation mobile permettant de reprendre souffle avant de retourner vers le dehors.
        •    Flux intégral : apprendre à traverser la friction. Là où le safe space peut devenir évitement, Kernésis invite à la régulation et à la transmutation de l’altérité. La confrontation n’est pas supprimée, elle est rendue habitable.
        •    Vérité-alignement : contre les filtres confortables, Kernésis impose l’épreuve du réel à toutes les échelles. Le vrai ne se réduit pas à ce qui rassure, mais à ce qui résonne de manière cohérente entre corps, relation, collectif et monde.

     

    4. Applications
        •    Éducation : dépasser une pédagogie protectrice qui surprotège les élèves de toute épreuve. Un espace sûr est nécessaire, mais doit s’ouvrir vers de véritables traversées du flux : débats, confrontations créatives, expériences de friction.
        •    Technologies : au lieu d’algorithmes qui enferment dans un confort identitaire, développer des systèmes qui favorisent les rencontres inattendues et l’élargissement du champ perceptif.
        •    Spiritualité : refuser les refuges clos, les enclaves identitaires qui fonctionnent comme safe spaces métaphysiques. Redécouvrir une spiritualité d’exposition au vivant, où l’infractalité* de chaque instant ouvre sur plus de réel.

     

    5. Conclusion

    Les safe spaces sont légitimes comme espaces de reprise de souffle, de pause. Mais lorsqu’ils deviennent le modèle dominant, ils se transforment en cocons qui stérilisent la germination.

    Kernésis propose une alternative : non pas l’abolition de la protection, mais son intégration dans une écologie de l’exposition régulée.
    Là où la civilisation du cocon promet la sécurité en retirant le risque, Kernésis promet la joie en traversant le risque.
    C’est cette traversée régulée — et non l’évitement — qui fonde un rapport vivant, libre et juste au monde.

     

    *Infractalité : approfondissement intérieur d’une intensité ou d’une expérience, qui ne se déploie pas par expansion externe mais en soi. L’infractalité désigne donc une dynamique de densification silencieuse — de joie, de douleur, de présence ou de vérité — qui gagne en profondeur sans s’étendre.